• Musique : guerre ouverte entre YouTube et les producteurs indépendants, Actualités

    C’est une nouvelle guerre ouverte entre le géant américain YouTube et le monde de la musique, et les hostilités ont commencé. Cette fois-ci, ce sont les producteurs indépendants qui montent au créneau, dénonçant les conditions tarifaires que souhaite leur imposer la filiale de Google. Celle-ci prépare en effet une offre de streaming musical payant, destinée à concurrencer Spotify (qui vient de passer le cap des 10 millions d’abonnés payants ) ou encore le français Deezer.

    Selon les producteurs indépendants, non seulement YouTube leur propose des conditions de rémunération inacceptables dans le cadre du lancement de cette offre, mais il les menace également de retirer leur catalogue de son offre actuelle, gratuite, afin de faire pression sur eux. « Selon des informations communiquées par un très grand nombre de labels indépendants, tant français qu’européens ou américains, YouTube menacerait de procéder au blocage voire au retrait immédiat de leur catalogue en cas de refus du contrat qui leur est imposé par cet opérateur », indique l’UPFI, qui regroupe les producteurs indépendants français. Selon plusieurs sources, les conditions tarifaires proposées par YouTube pour sa nouvelle offre via un contrat standard non négociable seraient inférieures d’un tiers à celles proposées par Deezer ou Spotify. "Youtube propose des remunerations inferieures de 10% à celles proposées par Spotify, qui sont déjà parmi les plus basses du marché. En plus, les producteurs indépendants n'ont aucune avance, contrairement aux majors", constate un producteur.

    Jamais confirmée officiellement, le projet d’offre payante de YouTube est bel et bien dans les cartons. Selon le «  New York Post  », elle sera lancée cet été et disponible sous Android, le système d’exploitation pour mobile et tablettes développé par Google. Elle sera baptisée Music Pass et facturée 5 dollars (avec publicité) ou 10 dollars (sans publicité) par mois. Les grands projets de YouTube dans le domaine du streaming confirment que ce mode d’écoute devient de plus en plus incontournable , alors que le téléchargement, qui a dominé sans partage le marché de la musique en ligne depuis le début des années 2000, marque le pas. Pour la première fois, les revenus du téléchargement ont décliné au niveau mondial l’année dernière, selon les données de l’IFPI (International Federation of Phonographic Industry).

    Outre l’UPFI, plusieurs organisations de producteurs indépendants sont montées au créneau pour dénoncer cette situation. L’association WIN (Worldwide Independant Network), qui les regroupe au niveau mondial, s’est également insurgé. Elle a qualifié « d’indéfendable » la menace de YouTube. WIN précise être entrée en contact avec YouTube pour lui demander d’annuler cette menace de retrait des contenus de ses membres, mais précise ne pas avoir obtenu gain de cause. La tactique de Google pour négocier est considérée comme du chantage. « Google nous dit : si nous ne pouvons pas référencer votre offre en payant, nous sommes obligés de la retirer du gratuit », explique un autre producteur. Les lettres de résiliation des contrats, avec un préavis de deux mois, ont été envoyées aux labels indépendants. Si la situation ne bouge pas, leurs artistes ne seront plus sur YouTube dans les prochaines semaines. Quasiment une mise à mort, compte tenu de la place prise par YouTube dans le monde de la musique.

    « Nos membres sont des petites entreprises qui se basent sur plusieurs sources de revenus pour investir dans les nouveaux talents. Une des plus importantes sociétés dans le monde leur demande d’accepter des conditions qui sont en décalage par rapport au marché du streaming. Ce n’est pas une façon juste de faire des affaires », a indiqué Alison Wenham, directrice générale de WIN et présidente de l’association des labels indépendants britanniques.

    Les labels indépendants discutent via une structure appelée Merlin, alors que les trois majors du disque, Universal Music, Sony Music et Warner Music négocient chacune de leur côté avec YouTube. Leur poids sur le marché de la musique (entre 60 et 70 % de part de marché dans les principaux pays) les rend incontournables, ce qui leur permet évidemment de négocier de meilleures conditions. Selon certaines sources, elles auraient négocié des avances de plusieurs centaines de millions de dollars pour la mise à disposition de leur catalogue. Contacté par « Les Echos », Google indique n’avoir aucun commentaire sur les negociations en cours.

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