Notre nouveau président fraîchement élu au terme d’une longue campagne, passons en revue ce qui a façonné cette dernière, à travers le comportement des politiques sur les réseaux sociaux, les tweets et l’audience de ce média à part entière qu’est le web.
Aujourd’hui, Internet est indéniablement au centre de nos vies, les réseaux sociaux aussi. Les politiques l’ont compris, et, pour cette campagne, se sont épuisés à dompter la toile, à en tirer profit, et à l’utiliser pour rassembler une troupe de e-partisans.
François Hollande et Nicolas Sarkozy affichaient tous deux sur leurs sites des comptes aux différents services qui font le web d’aujourd’hui. Ainsi, quand le premier proposait aux internautes de regarder ses dernières vidéos sur Dailymotion, de le suivre sur Instagram ou de jeter un oeil aux coulisses de sa campagne sur Tumblr, le second, lui, jouait bien le jeu de la Timeline Facebook et invitait ses abonnés à suivre tous ses déplacements sur Foursquare. Une approche très social-friendly à première vue, le seul service manquant aux tableaux de chasse des deux candidats étant le jeune Pinterest (Barack Obama, sur ce point, garde une longueur d’avance, l’ayant adopté pour sa propre campagne.)
Pour autant, la campagne électorale française « ne [s'est] pas [jouée] sur le web ». Réciproquement, les nouvelles technologies et le numérique n’ont pas eu réellement leur place dans le débat. Quel rôle, donc, a occupé Internet dans la présidentielle, et quelles utilisations en ont fait les politiques et les électeurs ?
Média complémentaire
En cette 9ème campagne présidentielle, la télévision est restée le média roi. Débats, plateaux de télé, meetings : l’accès facile aux images de nos politiques et leurs messages concis retransmis par le petit écran ont attiré du monde. Mais le web a apporté à la campagne des éléments différents. Il l’a également observé d’un oeil différent. Certaines chaînes de télé l’ont bien compris, à l’image de Canal+ et son émission « Le Grand Journal », qui a accueilli dans ses rangs à la rentrée un chroniqueur web, Vincent Glad.
Et pour cause : si les audiences télé et même radio écrasent la Toile, cette dernière rassemble également son public. En effet, on a retrouvé systématiquement, à chaque évènement politique, les fameux TT (Trending Topics) français correspondants : #DPDA, #voteHollande, #avecSarkozy, #PlaceAuPeuple, etc. 500.000 tweets ont été échangés au cours de l’affrontement entre MM. Hollande et Sarkozy, soit 1.500 à la minute, preuve que la pratique du live-tweeting (LT) est particulièrement appréciée, aussi bien devant Top Chef que devant une émission de David Pujadas. Le live-tweet est désormais une habitude, les internautes apparemment passionnés par le sujet qu’ils commentent font du web un lieu regorgeant d’avis et de tendances observables par les spécialistes.
Autre petit « plus » qu’a la Toile : le fact-checking. La combo télé-internet permet de s’informer, de suivre les grands rendez-vous politiques télévisuels et de les commenter dans le même temps sur les réseaux sociaux ; le fact-checking (« vérification des faits ») intervient, en temps réel, pour vérifier les dires des hommes politiques, en décelant leurs contradictions ou en confirmant les chiffres des uns et des autres. Les sites d’informations – Le Monde, Francetv info, Huffington Post, pour ne citer qu’eux – ont travaillé dur au cours des soirées politiques pour tenir les internautes au courant de ce qui se disait sur les plateaux télé, d’une part, et pour les abreuver d’éclaircissements objectifs sur les points sombrement évoqués par chacun des candidats, d’autre part. Tout cela se passant, bien sûr, dans le feu de l’action et en « live », le temps-réel et la rapidité étant la marque de fabrique du web. Préparé avec recul, le Désintox de Libération ou le véritomètre OWNI et i>TELE ont également bien rempli leur rôle de diseurs de vérité.
Outre cette relation de complémentarité entre ces 2 médias que sont la télé et l’outil internet, ce dernier est, malgré tout, parvenu à se démarquer légèrement des autres sur certains points en proposant aux internautes du contenu et des informations clés et inédites, le meilleur exemple étant sans doute les révélations du pure-player Mediapart sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, tombé entre les deux tours, et très vite repris par l’audiovisuel et la presse écrite.
Générateur de LOL
Le web, donc, c’est un oeil différent sur l’actualité. Seulement cet oeil, s’il peut être enrichissant et sérieux, peut également très vite offrir une vision décalée de l’actualité, les internautes ayant une imagination débordante. Cette campagne présidentielle de 2012 n’a pas dérogée à la règle, et bon nombre d’acteurs ont opéré – sciemment ou pas – à démentir l’opinion public, disant que la campagne était barbante.
A commencer par les politiques eux-même, qui, l’essor de Twitter et l’enjeu politique aidant, se sont vu pousser des ailes sur le célèbre site de micro-blogging, à leurs risques et périls. L’un des plus mémorables étant sans aucun doute celui du Ministre de l’Industrie de l’époque, Eric Besson, qui, cet automne, a partagé avec tous ses followers ce DM Fail de qualité : « Quand je rentre je me couche. Trop épuisé. Avec toi ? ». Pour rappel, un DM Fail est un message prévu pour être envoyé en privé à quelqu’un et qui se retrouve malencontreusement visible de tous. Cette facheuse pratique, Nadine Morano (qu’on ne présente plus tant la twittesque renommée est avérée) la connais aussi, avec ce tweet destiné à Eric Besson (encore lui !) :
Twitter permet aux personnages politiques d’être en contact direct avec leurs « fans », et ceux-ci utilisent le site de micro-blogging pour relayer et glorifier leur candidat, mais aussi pour se lacher, ce qui donne une sorte de coulisse de la vie politique, comme Ségolène Royal et Nathalie Kosciusko-Morizet qui se crêpent le chignon en ligne, à la vue de tous (« Quand je lis vos tweets, je les trouve tellement outranciers que j’en arrive à me demander si votre compte n’est pas piraté »). Les comptes officiels des prétendants à la présidence furent moins intéressants comiquement parlant, leurs équipes de campagnes se contentant de noyer la timeline de leurs abonnés sous un flux indigestes de liens et de phrases clés prononcées lors des meetings.
Côté internautes, on ne manque pas d’idées pour pimenter la campagne. En effet, en tapant « FH2012″ dans Google (soit le hashtag de campagne de François Hollande), apparait en haut des résultats de recherche un jeu pour le moins farineux. Nicolas Sarkozy a, lui, droit à une parodie biographique de sa page Facebook, à travers laquelle il n’est pas réellement montré à son avantage. Nous vous épargnons les moult reprises de son affiche de campagne « La France Forte », les internautes ayant, sur ce coup-là, démontrer l’envergure de leurs talents en termes de jeux de mots. Tous les candidats sont passés à la moulinette de la parodie, à l’image de Marine Le Pen, qui voit son sourire affubler le visage de nombreuses stars sur le tumblr »People With Marine Le Pen’s Smile », voire de l’équipe web de François Bayrou qui, sur son propre site bayrou.fr, a caché un Konami Code (Haut Haut Bas Bas Gauche Droite Gauche Droite B A).
Et comment, pour évoquer la dérision et l’humour que permet Internet, ne pas évoquer le hashtag #radioLondres intervenu aux deux moments cruciaux de la campagne pour permettre aux twittos de révéler les estimations sans risquer l’amende ? Petit best-of :
Grand Prix de l’Élysée : Temps d’avance : Tulipe de Hollande 28, Agité du Palais 26, Fille du Menhir 17 Fleur de Stalingrad 13 #RadioLondres
— Lennie N. (@LNicollet) Avril 22, 2012
météo pour ce soir, il fera 27 ° aux pays bas, 25 °en hongrie ,16 °en allemagne et 13 ° en russie. a peu de choses près…#radiolondres
— rossignol anthony (@tinyrossi) Avril 22, 2012
#radiolondres : Mickael Vendetta a reservé son billet direction L.A pour 53 Euros
— Vika Tafani (@Viika_T) Mai 6, 2012
————
La campagne présidentielle de 2007, à l’ère du blog et du forum, fut un essai sur le web. Malheureusement, l’édition 2012 ne se sera pas pleinement inscrite sur le Net, et fut un avancement plus qu’autre chose: une tentative d’apprivoisement de la part des politiques, un véritable outil d’observation et de communication pour les journalistes, un moyen d’expression et de partage réel pour les électeurs, sur les réseaux sociaux. Les paris pour les prochaines élections sont ouverts : quel nouvel acteur pour remplacer/suppléer Facebook et Twitter ? Vote par internet ? Débats organisés en ligne ? Révisions des règles concernant les divulgations d’estimations avant 20h et les temps de paroles, face à un web se voulant libre et rebelle ? Rendez-vous dans 5 ans.
Et vous, que retiendrez-vous en particulier de cette e-campagne ?
Comparer pour mieux voter : c’est ainsi que l’on pourrait résumer la devise de Voxe.org, qui se définit comme un « comparateur neutre de programmes politiques ». Malgré sa jeunesse, le projet a été visité par plus d’un demi-million de curieux depuis son lancement, le 6 février 2012. Aujourd’hui, une douzaine de personnes travaillent, bénévolement, à l’amélioration de ce site qui tente d’inscrire le débat politique d’abord sur le terrain des propositions.
Rencontre avec Edouard Schlumberger, 25 ans, co-fondateur de cette initiative numérique qui a séduit la plupart des médias en ligne.
RSLN : Comment avez-vous trouvé les ressources humaines et financières pour mener à bien ce projet ?
Edouard Schlumberger : Notre équipe se divise pour moitié à l’aspect technique et pour l’autre aux contenus et à la communication. On s’est retrouvé autour de ce projet essentiellement par réseaux d’amis, et un peu par Internet. A chaque fois on présentait l’idée, elle séduisait. Durant six mois, soirs et week-ends, on a travaillé tous à titre bénévole, alors que nous avons tous une activité à côté. Comme la motivation était là, ça n’a posé aucun souci.
Sur l’aspect financier, eh bien on a l’hébergement du site à payer… et c’est tout. L’architecture qu’on a développée est assez légère pour ne pas générer de coûts trop importants. Pour prévoir la pérennité du projet cependant, on a levé une cagnotte de 5000 euros via kisskissbankbank, grâce à la générosité des internautes.
Qu’est ce que Voxe.org apporte selon vous au débat démocratique ?
C’est le cœur du sujet : Voxe a pour ambition de permettre à tous de mieux s’informer sur les propositions des candidats, afin de voter de manière plus éclairée. Car on s’est aperçu qu’il était assez difficile de comparer les programmes de deux candidats, qui n’ont pas toujours la même façon de présenter les choses. Voxe permet cette lecture simplifiée, tout en donnant du contexte aux propositions.
Jean-Luc Mélenchon voulait abroger la RGPP : je pense que la plupart des gens ne savent pas ce que c’est. Pareil quand tel candidat propose d’augmenter le SMIC (à combien est-il aujourd’hui ?) ou quand Nicolas Sarkozy veut réduire les droits de mutation. Il y a donc toujours de nombreuses choses à intégrer autour des propositions, comme des définitions ou des jeux de données en mode open data, que l’on met à la disposition de tous les citoyens.
Quelles sont vos règles pour rester le plus impartial possible ?
D’abord, on a voulu que les thèmes retenus pour classer les propositions [onze au total], collent au plus près des enjeux et des programmes. Ensuite, et c’est là qu’il peut y avoir un léger biais, quand on intègre les propositions dans ces catégories, on peut se poser des questions sur leur nature : est-ce une proposition économique ? Sociale ? Les deux ? Du coup, il nous a fallu en dupliquer certaines. Mais jamais nous n’avons modifié les propositions, que nous puisons directement sur les sites des candidats.
Quand des candidats ont fait des annonces nouvelles, comme François Hollande sur la taxation à 75% des foyers les plus riches, alors nous avons retranscrit les paroles prononcées à partir de la vidéo.
Enfin, pour les sources qui ont servi à contextualiser, on a utilisé des sites officiels, en général gouvernementaux, qui font un vrai travail de vulgarisation pour les citoyens. Le nouveau site data.gouv.fr, qui regroupe de manière plutôt intelligente les données, a également été utile.
En revanche, nous nous sommes abstenus d’utiliser les médias en ligne, les forums, etc. La seule exception était de se référencer à l’occasion à Wikipedia, quand il n’y avait pas d’alternative officielle.
Pourquoi ne pas proposer aux internautes de voter pour le candidat ou la proposition qu’ils préfèrent, et effectuer une sorte de « curation démocratique » ?
C’est un vrai choix de posture. Jusqu’à aujourd’hui, notre choix est vraiment celui d’une plateforme avec API ouverte. Libre ensuite aux développeurs de créer de nouvelles applications à partir de notre plateforme, comme cela s’est fait lors du Hackathon qu’on avait organisé en mars. Nous sommes donc plus dans une logique de mise à disposition des contenus plutôt que de réutilisation.
En somme, nous voulons rester une plateforme neutre, ce qui, surtout en politique, nous évite certains écueils. Comment juger de la curation d’un contenu politique ? Quelle serait sa représentativité ? La seule représentativité pertinente dans le cadre d’une élection, c’est le jour du scrutin, dans les urnes. C’est ce qui fait, je pense, notre force et notre légitimité. Il suffit de voir le nombre de médias qui se sont emparés de notre widget (Canal +, Le Huffington Post, Le NouvelObs etc.).
Comment comptez-vous faire évoluer Voxe dans les mois à venir ?
Pérenniser, pourquoi pas « industrialiser » Voxe, c’est le but qu’on poursuit. On aimerait se calquer de plus en plus sur le fonctionnement de Wikipedia, en ouvrant une partie du comparateur à d’autres élections, pour des bénévoles à l’étranger.
Cela implique de repenser la page d’accueil, de gérer de nouvelles langues et d’accroître la dimension collaborative du projet. En France, le rendez-vous des élections européennes de 2014 nous paraît important, car 80% des textes adoptés par l’Assemblée sont issus de directives européenne, alors même que cette élection reste peu visible.
> Comparer les programmes des deux candidats finalistes pour le numérique, la culture et les médias
Sur la scène internationale, la France se présente systématiquement comme le pays des droits de l'Homme alors qu'il serait plus exact de dire que la France est le pays de la Déclaration des droits de l'Homme. La nuance est de taille. Car c'est une chose de faire un papier regroupant de grands principes. C'en est une autre de les respecter scrupuleusement.
Mais cette différence n'empêche pas pour autant la France d'agir. Ni de discourir. À l'occasion de la journée internationale de la liberté de la presse qui s'est déroulée jeudi, Alain Juppé a prononcé quelques mots en hommage aux journalistes tués dans le cadre de leur travail, soulignant "ce droit fondamental qu’est la liberté de la presse et la liberté d’expression, alors que les atteintes à ce droit, universel, essentiel, persistent dans de nombreux pays".
"Le libre exercice du métier de journaliste constitue une priorité dans notre politique de défense des droits de l’Homme. Chacun voit en effet que le premier réflexe des ennemis de la liberté, c’est de bâillonner la presse, que les premiers alliés des combattants pour la liberté, ce sont des médias libres. La France est à cet égard particulièrement vigilante pour la liberté du cyberespace" a ajouté le ministre.
Or, charité bien ordonnée commence par soi-même. Et en matière de respect scrupuleux de la liberté d'expression et de la liberté de la presse, la France est loin d'être au rang qu'elle est censée tenir. Elle est classée 38ème, selon l'évaluation annuelle réalisée par Reporters Sans Frontières pour 2012. Et si la situation est évidemment meilleure que dans d'autres pays, comment s'en satisfaire ?
Symbole d'une situation dégradée, l'avortement de la conférence internationale en faveur de la défense de la liberté d'expression sur Internet. Le projet, porté par Bernard Kouchner - alors ministre des affaires étrangères -, consistait à créer conjointement avec les Pays-Bas un "groupe de pilotage" visant à faire naître un instrument international de défense de la liberté d'expression sur Internet.
Et alors que l'initiative était sur les rails, Nicolas Sarkozy a freiné des quatre fers, tué le projet et forcé son ministre de défendre plutôt l'importance des efforts de régulation entrepris par la France, à l'image de la loi Hadopi. Car le président de la République souhaite faire de la riposte graduée et du concept d'Internet civilisé des modèles pour l'Europe et le reste du monde.
À entendre Alain Juppé, la France serait donc "vigilante" pour la liberté du cyberespace au nom des principes défendus par la France
Mais n'est-ce pas en France que le blocage de sites sans contrôle judiciaire a été institué, dans le cadre de la loi Loppsi ?
N'est-ce pas en France qu'existe la menace de suspension de l'accès à Internet pour les abonnés qui ne veulent pas ou ne savent pas filtrer les usages faits par des tiers (famille, amis, colocataires...) ?
N'est-ce pas en France qu'apparaissent des critiques constantes contre la presse sur Internet, notamment au moment de l'affaire Bettencourt, pour discréditer Mediapart comme si le mode de diffusion avait à voir avec le contenu ?
N'est-ce pas en France que le président de la République a annoncé un délit pénal pour réprimer la consultation habituelle de sites web faisant l'apologie du terrorisme, de la haine ou de la violence ?
N'est-ce pas en France que Wikileaks a été menacé d'expulsion ?
N'est-ce pas la France qui a oublié d'approuver un rapport de l'ONU sur la liberté d'expression sur Internet ?
N'est-ce pas en France que l'Arjel peut demander le blocage de sites web parce que non labellisés ?
N'est-ce pas en France que le ministère de l'intérieur a obtenu le blocage partiel de CopWatch et de ses miroirs ?
N'est-ce pas en France qu'est apparu le projet de décret d'application de la loi LCEN qui devait inaugurer des obligations de filtrage pour les hébergeurs ?
N'est-ce pas en France qu'un projet de loi de protection des consommateurs a prévu d'autoriser le blocage des sites pour toute violation du code de la consommation quelle qu'elle soit ?
N'est-ce pas en France que le gouvernement a montré le peu de conviction dans la défense de la neutralité du net, puisque la transposition du Paquet Télécom par la France fait de la violation de la neutralité une possibilité, assortie d'une simple obligation de transparence ?
Et n'est-ce pas la France qui a été rétrogradée par Reporters Sans Frontières dans la catégorie des pays sous surveillance ?
( photo : CC BY-NC-SA Paris Skyline Eiffel Tower - TaylorMiles )
Paris, le 4 mai 2012 09 h 00. Communiqué de presse.
Ce 4 mai 2012, l'April soutient la journée contre les DRM (Digital Rights Management, gestion des droits numériques) organisée par la Free Software Foundation. Contrairement à François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui ne sont ni l'un ni l'autre enclins à mettre un terme à la protection juridique des DRM et à abroger la loi DADVSI.
Les DRM sont des menottes informatiques qui, sous prétexte de « protéger le droit d'auteur », permettent un contrôle sur les usages privés des œuvres, organisant une régression des droits du public et une insécurité juridique des développeurs de logiciels libres.
Régression des droits du public, car les DRM autorisent les éditeurs à contrôler à distance les ordinateurs de leurs clients, en limitant la durée ou les conditions d'utilisation des fichiers numériques, voire en les effaçant directement sur l'ordinateur d'utilisateurs légitimes, comme cela a été le cas avec le roman 1984 de George Orwell, effacé par Amazon sur les liseuses Kindle en 2009. Imagine-t-on un éditeur de livres papier supprimer ses ouvrages dans la bibliothèque de ses clients ? Ce serait évidemment vécu comme une insupportable ingérence dans la sphère privée. Alors pourquoi le tolérer en informatique ?
Une insécurité juridique pour les développeurs de logiciels libres, car la loi DADVSI, votée en 2006, interdit le contournement des DRM. Or, ce contournement est obligatoire pour de nombreux logiciels, dont les lecteurs de livres numériques, de musique et de vidéo qui doivent accéder aux informations contenues dans ces fichiers. L'April est à l'origine d'un recours auprès du Conseil d'État qui a reconnu la nécessité de ce contournement dans quelques cas, mais l'insécurité juridique demeure dans la grande majorité des situations, comme pour les développeurs du lecteur vidéo VLC qui ne savent pas s'ils ont le droit de proposer la lecture des disques Blu-Ray. Au nom du « respect du droit d'auteur », on piétine le droit d'auteur des développeurs de logiciels libres.
Dans le cadre de son questionnaire Candidats.fr, adressé aux candidats à l'élection présidentielle, l'April avait posé plusieurs questions sur les DRM et la loi DADVSI. Fleur Pellerin, chargée de l'Économie numérique dans l'équipe de François Hollande, a refusé de se prononcer clairement sur les 12 questions concernant le droit d'auteur. Nicolas Sarkozy s'est quant à lui toujours déclaré en faveur de la protection juridique des DRM. Il a participé activement au vote de la loi DADVSI lorsqu'il était président de l'UMP et ministre de l'Intérieur, et ne l'a pas abrogé pendant son mandat. Les réponses de Guillaume Lambert, directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, à notre questionnaire ne font que confirmer ces positions.
« Aucun des deux candidats à l'élection présidentielle ne souhaite visiblement abroger la loi DADVSI, qui ne doit pas être la grande oubliée des lois en i. Profitons de la mise en place de ce nouveau quinquennat pour relancer la lutte contre ces lois qui, une à une, étouffent insidieusement les libertés publiques » a déclaré Frédéric Couchet, délégué général de l'April.
Pour informer du danger que représentent ces systèmes pour les utilisateurs et les développeurs de logiciels libres, l'April encourage chacun à mettre sur son site une bannière (source SVG) et à transmettre notre synthèse sur le sujet « DRM - dispositifs de contrôle d'usage » (disponible en ligne, au format PDF, au format OpenDocument et au format LaTeX) ainsi que les Cahiers Candidats.fr : DRM et élection présidentielle 2012.
L'April appelle également tous ceux qui subissent ces pratiques à s'en plaindre directement auprès des entreprises concernées. « Si vous êtes victimes de ces menottes numériques, nous vous encourageons à protester auprès des éditeurs. Seul un rejet massif des DRM par leurs clients pourra mettre fin à cette détestable pratique. » conclut Lionel Allorge, président l'April.
A propos de l'April
Pionnière du logiciel libre en France, l'April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone. Elle veille aussi, dans l'ère numérique, à sensibiliser l'opinion sur les dangers d'une appropriation exclusive de l'information et du savoir par des intérêts privés.
L'association est constituée de plus de 5 000 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.
Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l'adresse suivante : http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.
Contacts presse :
Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 6 60 68 89 31
Jeanne Tadeusz, responsable affaires publiques, jtadeusz@april.org +33 1 78 76 92 82
Lionel Allorge, président, lallorge@april.org +33 6 30 19 53 90
Regard azur, gestes assurés, il desserre sa cravate. Fin d'une nouvelle journée de campagne. Après cinq années passées à l'Elysée, Nicolas Princen, 28 ans, fait fonction depuis février d'expert du numérique auprès du candidat Nicolas Sarkozy.
En 2007, il était déjà de l'aventure présidentielle: expatrié à New York comme salarié de l'agence de communication Euro RSCG, celui qui dit avoir alors «été séduit par l’énergie de Nicolas Sarkozy, son charisme et son envie de faire bouger les lignes», se réunissait avec un petit groupe d’amis militants au dernier étage d’une tour de Manhattan, dans un bureau d’avocats prêté pour l’occasion. Nicolas Princen s’intéresse alors tout particulièrement à l’usage de MySpace lors de la campagne numérique du candidat aux primaires démocrates Howard Dean en 2004 –le réseau social, aujourd'hui moribond, était en plein essor aux Etats-Unis, où Facebook venait à peine de voir le jour.
Il envoie à l’UMP son rapport, qui circule de bureau en bureau. Un jour, on l’appelle et on lui demande de venir au QG de Nicolas Sarkozy: il intègre l’équipe de campagne numérique du candidat en tant que rédacteur en chef du site Sarkozy.fr. «J’étais chargé des vidéos, blogs et réseaux sociaux. On a produit plein de vidéos décalées en toute liberté. C’était passionnant à gérer», raconte-t-il en souriant.
Henri-IV, ENS, HEC
Auparavant, le jeune homme aux origines auboises et ariégeoises, né à Rennes, avait suivi un parcours scolaire brillant et sans histoire: baccalauréat à Lyon, prépa à Henri-IV à Paris (comme tous les «provinciaux», il logeait à l’internat et y a lié de solides amitiés, notamment avec Vincent Pons, l’un des «alsaco-bostoniens» de François Hollande, responsable de la stratégie de porte-à-porte de la campagne du candidat socialiste), puis l'ENS et HEC.
Normale Sup, où il suit des enseignements de philosophie politique, ne lui laisse pas un souvenir impérissable: «J’avais parfois l’impression qu’on présentait l’ENS comme un aboutissement, sans autre défi à relever.» De ces années, il retient surtout l’humilité des scientifiques, «les seuls à avouer humblement "Je ne sais pas", quand leur raisonnement logique ne peut venir à bout d’une problématique», confie cet admirateur de François Jacob.
Très vite, il décide de prendre le large à Shanghai dans le cadre du programme de mobilité de l’ENS. A son retour, il s’engagera comme volontaire pour partir en mission humanitaire au Kenya, au bord du lac Victoria:
«Je fabriquais des briques pour construire une école, j’avais l’impression d’être utile. Je voulais surtout prendre un peu de distance avec la réflexion, et être plus dans l'action. Car il y a un syndrome français que je garde à l'esprit: à trop se couper des réalités, nos plus grands philosophes du XXe siècle se sont souvent trompés dans leur lecture de l'Histoire. Je me méfie par principe des idéologies et considère que c'est dans l'action et non dans le commentaire que s'éprouve le vrai.»
L’action, il la trouve à HEC: «On critique toujours cette école en affirmant que les étudiants ne sont que des fils à papa. J’ai trouvé au contraire qu’on nous remettait à notre place et qu’on nous incitait à agir.» Lors d’un stage au sein d'Euro RSCG, il tente un coup de bluff et envoie un mail à Jacques Séguéla pour le rencontrer: «Il m’a reçu. Je me suis présenté. Très vite, il m’a arrêté et m’a dit "Bon, tu veux quoi exactement?" J’ai saisi l’opportunité et je lui ai répondu "Intégrer Euro-RSCG New-York".»
«L’œil de Sarkozy» ou «M. KGB»
Une fois arrivé à l'Elysée en 2007, son ascension sera notamment suivie avec attention par le «G» de Euro RSCG, Jean-Michel Goudard, conseiller en communication du chef de l'Etat. La campagne remportée, on lui propose en effet, à 23 ans, de devenir chargé de mission auprès du porte-parole David Martinon. En 2008, il se voit confier la veille sur internet sous la direction de Franck Louvrier, fidèle parmi les fidèles du Président. Les blogueurs l’affublent de surnoms moqueurs tels que «l’œil de Sarkozy» ou bien encore «M. KGB». Baptême du feu.
Suit, en 2011, une nomination comme conseiller technique en charge des nouveaux médias et de l’économie numérique. Il s’attèle alors à la création du Conseil national du numérique, réunissant des chefs d’entreprise et des entrepreneurs rassemblés pour conseiller le gouvernement sur les questions liées au numérique. En mai 2011, il organise le Forum de l’e-G8 auquel assistent certains des plus grands acteurs du Web comme Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, ou Eric Schmidt, celui de Google.
«L’emploi du temps de Nicolas Sarkozy est minuté. Quand on fait une réunion, il faut être très clair, concis. Très sincèrement, il est impressionnant. Il s’empare du sujet et construit son argumentation devant vous en un rien de temps. Si vous n'êtes pas bon en tant que conseiller, il absorbe votre matière en quelques minutes et la réunion s'arrête là car il a mieux à faire. Si vous êtes bons, qu'il sent qu'il a plus à apprendre de vous, que vous avez de la réserve, ça peut durer 30 minutes», assure-t-il.
«J’ai eu de fait une place "à part" à l’Elysée. D’abord, en raison de mon âge [il est le plus jeune conseiller technique à la présidence sous la Ve République, NDLR], et puis parce que la question du numérique impliquait forcément une évolution des usages et des pratiques», explique-t-il. «La spécificité de ma fonction à l'Elysée, c'est qu'il y en avait en réalité deux: conseiller communication, chef du département Internet, d'un côté, et conseiller technique au numérique de l'autre.» En cela, il était le seul à cumuler un poste opérationnel de chef de service et un poste stratégique de conseiller technique.
En réalité, il s’est servi du premier poste pour créer le deuxième: une trajectoire de la «com’» à l’économie, et donc des outils de communication –qui peuvent apparaître un peu superficiels ou sujets aux effets de mode– à la question de la révolution technologique, industrielle, économique et démocratique qu'ils recouvrent.
«Le choix des outils a une signification politique»
Après avoir démissionné de ses fonctions à l'Elysée, il occupe d’ailleurs ce double rôle dans la campagne, là où l’équipe de François Hollande a décidé stratégiquement d’associer Fleur Pellerin (pour les thématiques) à Vincent Feltesse (pour la mobilisation). «Le choix des outils pour une campagne web a une signification politique. Ils disent quelque chose de notre vision d'Internet et de notre compréhension du numérique», justifie-t-il. Le 26 avril, il débattait, à l’appel du Collectif du numérique, avec Fleur Pellerin; le soir même, sur le plateau de l'émission Des paroles et des actes, Nicolas Sarkozy évoquait la création d’un baccalauréat numérique. Une victoire pour le conseiller dont les efforts ont semblé récompensés à l’écran.
Dans la petite salle toute en longueur de son QG de campagne, au rez-de-chaussée de l’immeuble du 18 rue de la Convention, toute son équipe travaille silencieusement, les yeux rivés sur l'écran. Une douzaine de jeune gens dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 26 ans et qui s’affairent sur le site de campagne Lafranceforte.fr. A cette petite formation s’ajoute les troupes de Manuel Diaz, le dirigeant de l’agence interactive Emakina, surnommé le «Séguéla du Numérique» et dont les médias raffolent des petites phrases.
Cette année, Princen a décidé d'orienter sa stratégie de mobilisation sur le plus grand nombre. «Plutôt que de perdre de l’énergie à riposter sur Twitter, qui se révèle être un outil de relations publiques pour toucher les journalistes et influenceurs, nous avons fait le choix d’investir les lieux où s’expriment et se concentrent les internautes, à commencer par Facebook, qui rassemble 24 millions de personnes sur une population de 65», explique-t-il. Sur ce réseau, Nicolas Sarkozy comptabilise aujourd’hui plus de 600.000 fans contre plus de 100. 000 pour François Hollande, s'imposant ainsi comme l’homme politique qui a le plus d'«amis» en France mais aussi en Europe.
Créer du contenu positif, voilà le credo des équipes du candidat de l’UMP. Mais l’entrée tardive en campagne de Nicolas Sarkozy a-t-elle vraiment offert la possibilité d’étendre le ciblage au-delà des frontières de Facebook? La question se pose légitimement.
«La récompense vient saluer un effort»
Sur ce point, la campagne a adopté un autre axe, la proximité et la personnalisation: en appliquant les stratégies du marketing digital classique, soit une analyse des clics et de la navigation des internautes sur le site, l'équipe de Nicolas Sarkozy a pu cerner très précisément les centres d’intérêt des internautes et leur proposer ainsi un contenu personnalisé de manière à les inciter à se mobiliser. A cette personnalisation s'est associé le levier de la proximité grâce aux «bilans géolocalisés» de la plateforme NS Connect, le site de mobilisation.
En utilisant les données publiques, les équipes internet ont ciblé les réalisations qui ont été faites depuis cinq ans au plus près du lieu d’habitation de la personne contactée pour coller à leurs préoccupations, soit des éléments de langage que les militants ont pu relayer localement. «Avec NS Connect et l’application Facebook, les internautes peuvent devenir ambassadeurs. Nous avons voulu donner une dimension ludique et positive à cette campagne: chaque activiste est ainsi incité à relever un défi entre 18 heures et 23 heures. Les militants qui encouragent leurs amis à les rejoindre se verront offrir des badges et des cadeaux. Contrairement à la stratégie élaborée par les équipes de François Hollande, qui ont mis en place un système de tirage au sort ouvert aux internautes pour prendre un café avec leur candidat, pour nous la question du mérite est fondamentale. La récompense vient saluer un effort», tacle Nicolas Princen.
Si lui comme Vincent Feltesse se rejoignent pour affirmer que la distinction entre mobilisation on et off line n’existe plus, il n’en reste pas moins que la campagne web ne fera pas basculer le scrutin en 2012. Comparé aux médias classiques, le Web reste d’abord et avant tout un média de mobilisation plus que de conviction.
Quelques jours seulement avant le verdict des urnes, la mobilisation est néanmoins plus que jamais de mise. Gagnant ou perdant, quoi qu’il arrive, Nicolas Princen est assurément un «tempérament», entrepreneur dans l’âme, féru de théâtre et de poésie, qui fera sans doute parler de lui en France ou à l’étranger. Pourquoi pas en Californie, dans la Silicon Valley, où il va sans doute partir surfer les vagues du Pacifique d’ici l’été… California Dreamin’?
Anne-Claire Ruel
VIDEO - Vincent Feltesse a répondu aux questions de «20 Minutes» et Yahoo!...
Dans la salle, l’ambiance s’échauffe rapidement, surtout du côté des militants. Les critiques fusent. « Il a pas honte ? » Les insultes aussi : « enc*** » ! Le président sortant en prend pour son grade et se fait huer à plusieurs reprises. Hollande est souvent applaudi, jusqu’à l’apothéose du « moi président », où toute la salle se met debout, aux anges. Du côté des internets, certains sujets enflamment plus les claviers que d’autres, chacun y allant de sa bonne blague : les piscines aux horaires aménagées pour les femmes, « Je propose que la piscine de Neuilly soit réservée totalement à Sarkozy après le 6 mai #votehollande #ledebat » (@yjadot), l’immigration et les musulmans, « Sarkozy c'est où la Musulmanie ???? #LeDebat #FautPasQueSarkommence » (@oums_prince_K), Dominique Strauss-Kahn « Qui eut cru qu'un jour le point DSK supplanterait le point Godwin ? #ledebat » (@florianC). Et pour résumer tout ça : « Nicolas Sarkozy, premier homme à se casser les dents sur un Flamby » (du très connu @humourdedroite).
Mise à jour : nous avons réalisé une application pour déclarer et localiser les bureaux de vote électronique.
Depuis 2008, les communes françaises ne peuvent plus s'équiper en machines à voter électroniques. Mais 64 communes de plus de 3 500 habitants, déjà équipées auparavant, imposent aux personnes inscrites sur leurs listes électorales de voter sur des machines dont le fonctionnement est d'une redoutable opacité. Tout semble fait pour entretenir le manque de transparence autour du du vote électronique, jusqu'à tenir secrète la liste des communes concernées. Et aucun recours juridique ne semble pouvoir empêcher l'utilisation du vote électronique.
Alors que des pays comme les Etats-Unis, le Brésil ou l'Inde votent (exclusivement pour l'Inde) par des machines à voter, d'autres plus proches de nous reviennent en arrière. C'est le cas par exemple des Pays-Bas, qui ont fait voter jusqu'à 90% de leur population sur des machines, et qui privilégient désormais le papier face aux polémiques suscitées par le vote électronique.
Mais en France, malgré un moratoire prononcé de fait en 2008, le vote électronique se prépare à une nouvelle révolution plus dangereuse encore : le vote par internet.
Un peu d'histoire...
C'est après la démission du Général de Gaulle en 1969 que les Etats-Unis ont poussé la France à se doter de machines à voter. L'objectif était officieusement à l'époque d'empêcher les Communistes d'arriver au pouvoir ; les Américains les suspectant d'être capables d'organiser une fraude électorale massive pour y parvenir. Seules quelques communes de Corse et de la périphérie de Paris se sont alors équipées cette année-là, sur ordre du ministère de l'Intérieur.
Depuis, l'article L. 57-1 du Code électoral créé à cette occasion a peu changé. Les communes de plus de 3500 habitants qui bénéficient d'un feu vert préfectoral peuvent mettre en place le vote électronique, ce qui est le cas d'une soixantaine de villes françaises.
En 2003, le Ministère de l'Intérieur a suivi les conseils du fabricant hollandais de machines à voter Nedap qui lui promettait, avec des terminaux non-connectés, davantage de sécurité qu'avec un vote centralisé en réseau (il faut cependant noter que ces machines doivent être connectées à Internet une première fois pour les initialiser, et qu'elles sont branchées au courant électrique via lequel il est possible de faire passer des données grâce au CPL). Un document technique d'agrément fut alors publié, auquel ont pu se conformer quelques entreprises spécialisées. C'est Nedap qui raflera la majorité des marchés (PDF).
Mais l'agrément du ministère de l'Intérieur est attribué à des types d'appareils, et non à des modèles précis. Aussi, une autorisation accordée en 2003 est toujours valable pour les machines fabriquées en 2012, lesquelles ne font l'objet d'aucun nouveau contrôle. Il suffit au constructeur de certifier qu'elles sont du même type que celui agréé, pour qu'elles puissent être utilisées. Un trou béant dans le protocole.
En 2008, devant une protestation croissante, la ministre de l'Intérieur Michelle Alliot-Marie a décidé de ne plus accorder de nouvelles autorisations préfectorales, gelant de fait la progression du vote électronique en France. Mais les autorisations déjà délivrées aux communes n'ont pas été annulées, ce qui leur permet encore de faire voter électroniquement.
Chantal Enguehard, maître de conférence au Laboratoire Informatique de Nantes Atlantique (LINA) et experte du vote électronique, nous explique dans l'interview ci-dessous pourquoi l'opacité des machines est vivement critiquée, et critiquable. "Il n'y a aucune manière de vérifier" que le vote compté par la machine est bien celui exprimé par l'électeur, prévient-elle.
La seule confiance dans l'efficacité informatique ne peut suffire à justifier le recours au vote électronique puisque, comme l'indique le rapport annuel de l'Observatoire du Vote, les scrutins électroniques peuvent entraîner 5 à 6 fois plus d'erreurs (différence entre le nombre de votes et le nombre d'émargements) que le vote papier :
Entre le premier tour de l'élection présidentielle de 2007 et le premier tour de l'élection cantonale de 2011, la proportion d'erreurs entre le vote électronique et le vote papier a même quasiment doublé !
Vers un vote par Internet ?
Malgré les zones d'ombre qui justifient largement le coup d'arrêt donné aux machines à voter en 2008, le vote électronique est encore vu comme une solution d'avenir par les autorités en France. Pire, c'est désormais le vote par Internet qui a les faveurs de l'Etat.
Les français de l'étranger choisiront d'ailleurs leurs députés par ce biais dès cette année.
Or le vote par Internet pose encore d'autres problèmes majeurs, notamment pour identifier l'électeur, pour s'assurer qu'il ne vote ni sous la pression d'un tiers, ou que l'ordinateur personnel à partir duquel il vote n'est pas infecté par un virus qui modifierait son choix à son insu.
Au début des années 2000, c'est Isabelle Falque-Pierrotin, l'actuelle présidente de la CNIL qui était alors au Conseil d'Etat, qui militait pour le vote par Internet. Le réseau mondial était en pleine expansion et l'idée qu'il était la meilleure réponse possible à tous les problèmes flottait sur une France qui n'avait pas encore connu l'éclatement de la bulle économique et de prise de conscience de certains problèmes, notamment de vie privée, posés par Internet. Feignant d'ignorer les risques engendrés, Mme Falque-Pierrotin plaidait pour que des machines à voter présentes dans les bureaux de vote soient toutes connectées à Internet afin que les votes soient centralisés et sécurisés. Or le succès de Nedap, avorté en 2008, lui a été défavorable.
En tant que présidente de la CNIL, Isabelle Falque-Pierrotin aura certainement à rouvrir le dossier du vote électronique par Internet. Une occasion en or de valider ce qui lui avait été refusé dix ans auparavant.
Quels recours possibles ?
Au bout de la chaine électorale, mais au centre du processus, l'électeur paraît bien démuni devant l'opacité du vote électronique. Sauf à faire partie des abstentionnistes, il lui est impossible de s'y soustraire, le code électoral précisant que les bureaux de vote ne doivent avoir qu'une seule urne. Il est donc impossible de proposer une urne papier aux réfractaires.
Si certains ont appelé à protester auprès des présidents des bureaux de vote concernés, Jean-Didier Graton, le président de l'Observatoire du Vote, nous précise que l'expression d'un simple doute sur le bon déroulement d'un scrutin électronique ne suffit pas à l'électeur pour contester la sincérité des résultats de son bureau de vote. L'action en justice n'a guère plus de chances.
"Le juge électoral (le Conseil Constitutionnel pour les élections nationales, le tribunal administratif et le Conseil d'Etat pour les élections locales, ndlr) ne casse les votes que s'il lui est apporté la preuve formelle qu'il y a eu fraude. Il ne fait pas réaliser d'enquête pour le vérifier", explique-t-il. Or puisqu'il est matériellement impossible de vérifier le déroulement d'un vote avec une machine à voter (contrairement à l'urne traditionnelle) qui doit toujours être transparente et visible pour chaque électeur, il est très difficile voire impossible d'apporter une telle preuve.
Le vote électronique est avant tout un vote de confiance dans le vote électronique. Or l'opacité ne fait rien pour rassurer.
Selon des témoins qui vont jusqu'à évoquer des soupçons de corruption, certains maires s'obstinent à conserver leurs machines, parfois jusqu'à en perdre leur siège face à des électeurs mécontents, sans apporter d'explications à cet attachement viscéral.
Plus grave, le ministère de l'Intérieur que nous avons contacté refuse de fournir la liste des bureaux de vote concernés, comme il le fait systématiquement à ceux qui la demandent, malgré plusieurs saisines de la Commission pour l'Accès aux Documents Administratifs (CADA). La seule liste officieuse disponible est issue d'un relevé réalisé par Chantal Enguehard sur le terrain, et disponible en annexe de l'une de ses publications (PDF). Les cahiers d'évaluation technique des machines à voter, eux, ne commencent à être rendus publics qu'à la suite de plusieurs recours devant le Conseil d'Etat.
La question de la sincérité du vote électronique et de son contrôle n'est pourtant pas anecdotique puisqu'elle concerne entre 1,3 et 1,5 millions d'électeurs, soit deux fois la différence de voix entre Nicolas Sarkozy et François Hollande au premier tour de l'élection présidentielle.
Nicolas Sarkozy déteste Internet, qui le lui rend bien. Son idéal, c'est l'ORTF. Internet, plus grand échec du président sortant, sera (...)
Après les propositions des candidats, synthétisées dans le précédent volet, un rappel de tout ce qui empêche le sujet numérique d'être pris en compte par les décideurs politiques.
Faut-il un ministère à part entière ?A question simple, réponse compliquée. Le gouvernement actuel a lui même évolué. Au départ, il était doté d'un secrétariat d'Etat à l'économie numérique avec Eric Besson puis Nathalie Kosciusko-Morizet comme titulaires. Le 1er très impliqué, avec un plan Très haut débit et un livre programme, la seconde ... plus lointaine. Ensuite, le gouvernement a rattaché le numérique à l'industrie (un ministère délégué) avant, dernière version, d'en faire un ministère entier, industrie et économie numérique, rattaché à Bercy. Eric Besson en est l'actif titulaire.
L'Avicca, Association regroupant les collectivités locales actives dans le déploiement du Très haut débit, vient de rappeler son attachement à un ministère plein chargé du numérique.
En fait le problème est beaucoup plus complexe. Au moins pour trois raisons.
D'abord, beaucoup de sujets numériques resteront autonomes dans leur ministère. L'Education nationale ne permettra jamais d'immixtion dans son territoire, sur ce sujet comme sur d'autres, des voix s'élèvent systématiquement pour dénoncer le privé derrière toute évolution numérique.
Ensuite, certains sujets relèvent de l'interministériel, soit de Matignon, soit de Bercy, c'est le cas des grands progiciels destinés à la refonte de la comptabilité et de la gestion des ministères, derrière eux la recherche d'économies est le premier objectif. C'est le cas aussi du grand emprunt.
Enfin, comme le souligne Fleur Pelerin, il faut penser avant tout à diffuser la culture numérique au sommet de l'Etat, c'est pour elle plus important que la création ou le maintien d'un ministère du numérique. A quand un e-Président de la République ? Dans 40 ans, répond un brin provocateur Pierre-José Billotte, le président de Eurocloud, le temps qu'une nouvelle génération arrive au manettes !
Les politiques comprennent-ils le numérique ?
Au cours de son bref passage au secrétariat d'Etat à l'économie numérique (elle avait été mise là, comme on met quelqu'un au placard) Nathalie Kosciusko-Morizet a pourtant débuté la mise en place de formations pour les parlementaires. Idée délicate à manier mais très utile, si les hommes politiques maîtrisent les outils numériques, ils seront plus favorables au sujet de l'économie numérique.
Trop d'entre eux confondent par exemple l'envoi et la réception de SMS avec la maîtrise de ces outils. Mais combien disposent et utilisent d'outils de pilotages dans leur collectivité locale ? Combien maîtrisent les réseaux sociaux et les outils collaboratifs ?
Quand verront nous des conseils des ministres avec des postes informatiques, la visio conférence, une vidéo interne ? C'est le cas en Lituanie.
En fait, le numérique contredit la grande culture administrative française pyramidale, basée sur l'utilisation de notes internes, leur circulation et la validation de ces notes. Utiliser les outils numériques revient à limiter et contredire les usages traditionnels.
Les goulets d'étranglement
Une campagne sans thématique numérique
Pour en avoir le coeur net, Renaissance Numérique a commandé une étude au cabinet Lingway pour déterminer si le numérique était pris en compte dans la campagne présidentielle. Résultat : ce thème ne représente que 5% des contenus internet mentionnant les candidats avant le 1er tour. Non seulement ce n'est pas une thématique de 1er plan, mais en plus, les deux grands candidats étaient les moins associés à ce thème (Nathalie Artaud est celle qui est la plus associée au sujet!).
Tout aussi affligeant, les candidats n'avancent pas d'idées sur le sujet, ils se manifestent par réaction à un sujet d'actualité portant sur le numérique. Exemples : Megaupload, Hadopi, les réseaux sociaux. Des thèmes grand public associés à la culture. Rien sur les thèmes proches du numérique : l'emploi, l'école, l'économie.
L'étude a été réalisée à partir des contenus, publiés ces douze derniers mois, liés aux candidats et suivant 75 mots clés.
Les mouvements communautaires de résistance sont amenés à se multiplier, comme le laisse supposer le succès du hashtag #RadioLondres lors du premier tour de l'élection présidentielle.
Vous l'avez sûrement remarqué, nous sommes en période électorale. Cependant, cette élection apporte une petite nouveauté par rapport aux précédentes : les réseaux sociaux. Facebook, Twitter, ou même Zag et autres plates-formes numériques permettent l'accès à de nouvelles sources d'information....
Quelle place le numérique aura-t-il dans le prochain quinquennat? La question inquiète le secteur. Pourtant, Nicolas Princen et Fleur Pellerin, respectivement conseillers en charge des questions numériques de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, se sont fait fort de convaincre les membres du Collectif du numérique, qui regroupe une myriade de fédérations et d'associations professionnelles, de l'engagement de leur candidat dans le domaine. « Le numérique a un rôle central pour François Hollande, qui l'a placé à la croisée des priorités de ses programmes pour la jeunesse, la croissance, la ré-industrialisation de la France », a asséné la conseillère PS. Son adversaire de l'UMP n'a pas manqué de surenchérir « Depuis 2007, Nicolas Sarkozy se mobilise sur le sujet. On l'a vu avec la création du Conseil national du numérique, ou lorsque Nicolas Sarkozy a fait entrer le numérique au G8 ».
Des déclarations qui n'ont pas toujours convaincu leur auditoire. « Tant que je ne vois pas dans le discours des candidats eux-mêmes une appropriation des sujets, je reste sur ma faim », a indiqué Guy Mamou-Mani, président du Syntec numérique. Même scepticisme exprimé par Loïc Rivière, le délégué général de l'association des éditeurs de logiciels (Afdel), présent sur place. « Le silence des candidats eux-mêmes sur le sujet nous laisse plus que dubitatifs. Nous craignons même que la création d'un ministère ou d'un secrétariat d'Etat dédié au numérique ne soit pas assurée », a-t-il indiqué dans un communiqué.
Une thématique absente de la campagne
Il est vrai que le numérique - une thématique visiblement jugée peu porteuse au niveau électoral - a été particulièrement absent de la campagne, tant du côté de François Hollande, que de celui de Nicolas Sarkozy. Pourtant, le président candidat avait fait des sorties très médiatiques sur le sujet, la plus spectaculaire restant l'organisation du grand raout de l'Internet, l'eG8, l'an passé.
Ces dernières semaines, Nicolas Sarkozy s'est contenté d'une visite éclair le 15 avril dans les locaux d'Epitech-Epita, un groupement d'écoles qui forme les développeurs de demain. Sensiblement réduite par rapport au programme initial, la visite marathon du chef de l'Etat, qui s'est brièvement arrêté chez Melty.fr, start-up hébergée sur les lieux et créée par un ancien élève de l'école, Alexandre Malsh, membre du CNNum, a seulement servi à produire des images à destination des télés et des sites Web. Hormis un court entretien privé accordé au site, pour évoquer l'emploi et les jeunes, Nicolas Sarkozy n'a pas pris la peine d'exposer ses idées sur le numérique.
La question du maintien d'une fonction ministérielle
Se pose alors la question du maintien ou pas d'un ministère dédié au numérique lors du prochain quinquennat. Sans trancher, le sujet relève évidemment de François Hollande s'il est élu, Fleur Pellerin s'est contentée d'affirmer qu'il fallait « une volonté politique très forte puis un réseau de conseillers avisés auprès du premier ministre et dans tous les domaines concernés, comme la santé, l'industrie, l'éducation... ». Pour Nicolas Princen, il faut que le numérique « soit rattaché à l'industrie », qu'il s'agisse d'un secrétariat d'Etat ou d'un ministère.
Pourtant, beaucoup dans le secteur réclament un ministère propre doté de sa "propre administration", comme l'a demandé l'Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l'Audiovisuel (Avicca). Une requête que l'Association justifie au regard des lourds enjeux du secteur, comme le développement du très haut débit ou la création de nouveaux usages.
Une chose est sûre, le principe même d'un ministère du numérique peut faire débat. Depuis sa création en 2008, il n'a cessé d'évoluer dans l'organigramme gouvernemental. Ainsi Eric Besson, alors secrétaire d'Etat à la prospective et à l'évaluation des politiques publiques, l'a ajouté à ses prérogatives il y a quatre ans. Mauvais signal à l'industrie, lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet l'a remplacé en janvier 2009, après avoir été sanctionnée par le chef de l'Etat pour comportement jugé inapproprié au ministère de l'Ecologie. Lorsqu'elle part voler vers de nouveaux horizons un an plus tard, la rumeur de la disparition du secrétariat d'Etat court dans Paris. A nouveau, c'est, Eric Besson promu ministre de l'Industrie qui reprend la fonction. Mais le numérique passe de la tutelle directe de Matignon à celle de l'immense ministère de l'Economie et des Finances. Et le numérique doit y lutter avec les énormes enjeux d'industries, comme l'énergie ou l'automobile...
Quel bilan tirez-vous de la campagne présidentielle en ce qui concerne les questions liées au numérique?
Les acteurs du numérique ont la sensation de ne pas avoir été écoutés. Cette intuition est confirmée par une étude que Renaissance numérique a mené. Le numérique ne représente que 5% des contenus sur Internet qui mentionnent les candidats à la présidentielle. Et ces sujets ne sont abordés que pour parler de culture ou de réseaux sociaux (80% des contenus relatifs au numérique). C’est un étonnement pour nous dans la mesure où les acteurs du numérique avaient engagé en amont un vrai travail de sensibilisation auprès du PS et de l’UMP.Comment expliquez-vous cette absence d’intérêt?
C’est un sujet qui n’est pas assez clivant. Dans cette campagne, on a préféré pointer du doigt des boucs émissaires plutôt que de trouver des solutions. Les hommes politiques ont conçu leur programme numérique comme une réponse à des lobbyistes, un catalogue de mesures sans vision globale et sans réelle prise de conscience. Or pour nous, il ne s’agit pas de défendre des intérêts. Les acteurs du numérique veulent se mettre au service du citoyen pour résoudre les problèmes de notre société.Mais d’autres questions soulevées dans la campagne paraissent peut-être plus urgentes...
Un tiers des Français ne sont pas connectés à Internet, et donc sont coupés de la vie citoyenne, et on dit qu’il n’y a pas d’urgence? Par ailleurs, on parle de rebâtir une industrie en France, le numérique pourrait évidemment être une chance extraordinaire pour notre économie. Or, pour ne prendre que cet exemple, les programmes des candidats sur les sujets de l’éducation au numérique sont d’une extraordinaire vacuité.Si les sujets du numérique ont été peu abordés, tous les candidats ont en revanche fait activement campagne sur Internet.
Les hommes politiques se sont bousculés sur Internet pour faire passer des messages. Mais les réseaux sociaux devraient être perçus d’abord comme un moyen d’écoute. J’en discutais récemment avec Laure de La Raudière, une députée UMP sensible à ces questions, elle me racontait que Twitter était devenue sa "permanence numérique ". C’est cet état d’esprit que les hommes politiques devraient avoir vis-à-vis des réseaux sociaux, à un moment ou notre tissu social parait très abimé.Quelle différence avez-vous relevé entre les programmes numériques de Nicolas Sarkozy et de François Hollande?
La principale différence est culturelle. A droite, on milite pour le logiciel payant, à gauche pour le logiciel libre. Moi je pense que cette opposition gratuit contre payant devrait être dépassée : nous avons besoin des deux logiques.Gaspard Dhellemmes - leJDD.fr
mercredi 25 avril 2012
Enfin! Il a fallu attendre la fin de la campagne électorale pour entendre parler des enjeux du numérique dans la France de 2017. Grâce au "collectif du numérique", qui regroupe 21 associations et syndicats professionnels de l'industrie du numérique, les deux principaux conseillers des candidats sur ces questions, Fleur Pellerin pour François Hollande et Nicolas Princen pour Nicolas Sarkozy, ont présenté leur vision au cours d'une conférence retransmise en direct sur Dailymotion, ce 26 avril. Globalement, les deux camps partagent la même ambition pour booster l'économie grâce à l'innovation. Il a fallu attendre la fin de la conférence pour qu'un clivage apparaisse entre une « droite qui ne voit dans les internautes qu’une bande de sauvageons qui ne veulent que pirater" selon Fleur Pellerin alors que les socialistes n'ont "encore rien trouvé de mieux" qu'Hadopi pour lutter contre le piratage selon Nicolas Princen. Le collectif avait auparavant interpellé les candidats par écrit et publie leurs réponses sur leur vision stratégique de la compétitivité du numérique pour la création d'emplois, les aspects réglementaires et fiscaux, l'engagement pour l'accompagnement de l'innovation numérique, l'effort de formation au numérique, et la modernisation numérique de l'Etat et l'exemplarité des services publics. Prenez le temps de lire les réponses écrites sur 5 pages de François Hollande et sur 37 pages de Nicolas Sarkozy.
Les candidats à l’élection présidentielle française ont nettement minoré l’importance des réseaux sociaux dans le partage d’information. En sous-estimant l’impact de l’interactivité, ils se sont coupés d’une population qu’ils souhaitaient rallier à leur cause –les indécis, les désintéressés de la politique. #Radiolondres a été l’épiphénomène...
Web 2.0, Facebook, Twitter, blogs, vidéos...
Comment les élus utilisent-ils Internet ?
Quels sont les impacts du Web sur la politique ?Elus 2.0 va chercher dans l'actualité en France et à l'international toutes les réponses à ces questions.
Par ailleurs, Elus 2.0 est une plateforme communautaire des élus. Sur une page personnalisée, chaque élu dispose ainsi d'un profil permettant aux citoyens de lire en temps réel tous les articles et messages qu'il publie sur Internet. De plus, ce profil permet aux citoyens de dialoguer avec l'élu.
Web 2.0, Facebook, Twitter, blogs, vidéos...
Comment les élus utilisent-ils Internet ?
Quels sont les impacts du Web sur la politique ?Elus 2.0 va chercher dans l'actualité en France et à l'international toutes les réponses à ces questions.
Par ailleurs, Elus 2.0 est une plateforme communautaire des élus. Sur une page personnalisée, chaque élu dispose ainsi d'un profil permettant aux citoyens de lire en temps réel tous les articles et messages qu'il publie sur Internet. De plus, ce profil permet aux citoyens de dialoguer avec l'élu.
Présidentielle 2012 - Convoqués par le Collectif du Numérique, les deux candidats se sont exprimés, au travers de leur conseiller, sur leur programme numérique. Une intervention décevante.
Ce jeudi 26 à la Gaîté Lyrique, les associations, syndicats et pôles de compétitivité membres du Collectif du Numérique étaient venus en nombre écouter les propositions des candidats UMP et PS concernant l’avenir du numérique, son économie et ses usages.
Étaient présents : Fleur Pellerin, responsable du pôle « Société et économie numériques » dans l’équipe de campagne de François Hollande et Nicolas Princen responsable de la campagne de Nicolas Sarkozy sur Internet, et du volet numérique et innovation du programme.
Malheureusement si le Collectif, ainsi que les journalistes présents sur place, attendaient un débat, un échange d’idées peut-être, l’événement a pris une toute autre forme. Les déclarations trop consensuelles, peu innovantes, sans confrontation, des représentants des candidats n’ont que moyennement convaincu l’assemblée.
A gauche Nicolas Princen (UMP), à droite Fleur Pellerin (PS)
En effet, malgré la maîtrise évidente des deux conseillers sur l’économie et l’industrie numérique, on déplore un manque d’implication publique des candidats sur le sujet. Ainsi, Guy Mamou-Mani, Président du Syntec Numérique, implore Mme Pellerin et M. Princen de pousser leur candidat respectif à aborder le sujet lors du grand débat télévisé de l’entre-deux-tours, mercredi 2 mai. L’espoir fait vivre…
« Un levier d’amélioration du bien-être »
Première mesure annoncée par le PS : une couverture totale du territoire français en haut-débit. L’objectif annoncé est de maximiser l’accès au triple-play en France d’ici l’horizon 2017. « Dans 10 ans, personne ne sera forcé d’utiliser un débit inférieur à 1méga » affirme Fleur Pellerin. Rien de bien neuf. On remarque d’ailleurs qu’aucune annonce n’est faite concernant un accès à la fibre.
Le gouvernement de François Hollande s’engagerait à la création d’un habeas corpus du numérique qui viserait à faire du secteur « un levier d’amélioration du bien-être. » Le rôle de la CNIL devrait être renforcée dans le but de sécuriser les droits et libertés des internautes. De même, le Parti Socialiste s’engage à l’obtention du droit à l’effacement des données pour les internautes.
Sur la question sensible de l’Hadopi, la gauche s’esquive, en précisant que d’autres alternatives sont prévues, sans dévoiler lesquelles. On évoque rapidement des taxes destinées au financement de la création artistique.
Pour dynamiser l’industrie numérique française, Fleur Pellerin précise « qu’il ne faut plus saupoudrer les aides sans priorités stratégiques, mais définir quelques filières d’excellences. » Le jeu vidéo fait partie de ces secteurs privilégiés : « la French Touch française en matière de jeu vidéo doit être encouragée » souligne la jeune femme.
« N. Sarkozy a beaucoup fait pour le numérique »
A l’UMP, on s’appuie largement sur le bilan du président sortant, jugé très impliqué dans le secteur depuis 2007. « Nicolas Sarkozy est d’ailleurs très heureux d’avoir de nombreux fans sur Facebook. » D’accord…
Ainsi M. Princen se félicite du « succès du statut d’auto-entrepreneur » qui aurait permis à 1 million de Français de se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat. On salue également le JEI (Jeune Entreprise Innovante) qui accompagne les PME.
A propos des PME toujours, l’UMP souhaite faire en sorte que le Crédit Impôt Recherche (qui propose un crédit d’impôt de 30 ou 40% des dépenses déclarées dans le cadre d’un projet R&D) leur soit directement avancé par Oséo si leur trésorerie ne leur permettait pas de subvenir à leur projet.
Par ailleurs, à la manière du C100 canadien, l’UMP souhaite créer un guichet unique d’accès aux aides pour les industries numériques, appelé « Start-Up France ». Il permettrait également de rassembler les acteurs de ces industries lorsque ces derniers migrent dans la Silicon Valley autour d’un portail d’information et d’un réseau pour « collectivement mettre en valeur nos talents. »
A contrario de sa politique traditionnelle, l’UMP souhaiterait également taxer davantage les gros acteurs du numérique pour garantir « plus d’équité entre les petites acteurs et les grands. » Nicolas Princen rappelle que la France se place en 2e position dans le classement des fournisseurs d’applications Facebook. « Pourquoi ne pas viser la première place ? » lance le conseiller de Nicolas Sarkozy. La compétitivité est le maître-mot du discours du représentant de la droite.
Des convergences et un manque de débat
Au final on regrettera vraiment l’absence de confrontation des deux programmes. Tant et si bien qu’on s’aperçoit que plusieurs sujets rapprochent les deux mouvances politiques.
Pour l’éducation, par exemple, on relève peu de divergences : côté UMP on souhaite créer un « bac numérique » au lycée alors que le candidat socialiste souhaite « repenser la formation au numérique et par le numérique depuis la primaire jusqu’aux universités et aux grandes écoles. »
Nicolas Princen place aussi l’accent sur la loi LRU (Liberté et Responsabilité des Universités) qui permettrait, selon lui, grâce à la privatisation des universités, la création d’incubateurs dans chaque campus français. « Le développement et la création de start-up s’en verrait relancé », déclare M. Princen. Des promesses qui sonnent creux à la sortie d’un mandat peu impliqué sur ces questions.
Les deux partis politiques s’accordent aussi sur la nécessité de rédiger un « Small Business Act », à l’américaine, qui réserverait des secteurs du marché public aux PME/PMI de façon à les dynamiser.
Enfin quand vient la question de l’incarnation de ces ambitions au sein d’un gouvernement, UMP et PS s’accordent pour dire qu’un Ministère de l’Économie Numérique n’est pas envisagé. L’écosystème rassemble trop de domaines (culturel, industriel, social, …) pour qu’il puisse y avoir un comité automne et indépendant au sein de l’État. On parle alors de conseillers numériques présents dans les différents ministères, ou d’un « e-Premier Ministre » d’après Fleur Pellerin.
Reste à savoir maintenant, si ces ambitions et promesses seront évoquées lors du débat télévisé mercredi prochain, ou si le numérique restera un sujet absent de la bouche des candidats jusqu’à la fin de cette campagne.
Une récente étude montre que les informations relatives à la campagne présentes sur le web ne concernent qu’à 5% les préoccupations d’ordre numérique. « Cette étude révèle en outre que, globalement, les candidats n’apportent pas de solutions nouvelles, d’idées créatrices et innovantes dans le domaine du numérique. » rapporte le communiqué. Pas sûr que la situation change d’ici le 6 mai…
Visualiser en un coup d’œil les propositions des candidats sur le numérique. C'est ce que OWNI vous propose en ce week-end électoral. L'occasion de faire le bilan de cette campagne pas très net. En marge des coups de com' et effets d'annonce, petites phrases gentilles sur les générations numérisées et grandes vérités sur la société de l'information, question projets et propositions, pas grand chose.
Cette fois, c’était la bonne. En 2012, la campagne se jouerait sur Internet. Les politiques étaient formés. Les Français, prêts et connectés. Les équipes de communication itou. On allait voir ce qu’on allait voir !
En fait, on a rien vu. De pichrocholines polémiques en guéguerre de communication. Retour sur une campagne définitivement pas très net, comme le détaille la grande infographie au bas de cet article.
Côté com’, on a mené la danse. Les multiples conseillers et expert ès ”social media”, depuis longtemps dans les starting-blocks, ont tenu leur promesse. La presse s’est vu inondée de leurs analyses sur le rôle de Facebook ou de Twitter dans la campagne présidentielle. A grands renforts de chiffres recensant les nombre de “fans” et de “followers”, d’études comparatives et de diagrammes analytiques des “buzzs”.
L’intérêt médiatique s’est révélé si conséquent qu’il s’est même attardé sur la communication portant… sur la communication elle-même. Facebook suspecté de courir pour Nicolas Sarkozy, Twitter fermant certains comptes parodiant ce même candidat : l’e-boucle était bouclée, les équipes de campagne de chaque parti passant un temps fou à communiquer sur leurs pratiques et celles de leurs petits camarades.
Ainsi fond fond fond
Au final, du bruit sur du bruit. Qui n’a pas apporté grand chose au Net lui-même. Car sur le front du fond, le débat n’a pas été très réjouissant. Le numérique a quasiment été inexistant dans les médias généralistes. Même Libé, dans sa une consacrée aux grands dossiers oubliés de la campagne a laissé Internet sur le bord de la route.
Dans une analyse datée de ce jour, le think tank Renaissance Numérique estime qu’Internet “ne représente que 5% des contenus [...] mentionnant les candidats à la présidentielle” en ligne, ajoutant “qu’il n’est quasiment abordé que pour parler de culture ou de réseaux sociaux (80% des contenus relatifs au numérique).”
Il est vrai qu’en dehors du Net envisagé comme pur support de com’, c’est l’affrontement – ou l’étrange florette – des politiques et lobbys culturels qui ont occupé les journalistes chargés de comprendre le sacro-saint “après-Hadopi”. En dehors de ces clous, seule la pénalisation de la consultation des sites terroristes, portée par le candidat-président au sortir de l’affaire Merah, a vaguement pu atteindre les foyers français. L’occasion pour le président-candidat de rappeler son approche sécuritaire du réseau, qu’on croyait oubliée depuis l’abandon des velléités d’“Internet civilisé” et les multiples “je vous ai compris” distribuée en 2012 à l’e-public. Bref, rien de très nouveau sous le soleil et les bits.
Loin d’être en tête des fameuses “préoccupations des Français”, Internet, ou le numérique, n’est pas un investissement rentable dans une campagne électorale. Et surtout sur le fond. Le fait qu’une Eva Joly s’affiche avec l’un des gourous du logiciel libre n’a sans doute pas impacté ses intentions de vote. Et Jean-Luc Mélenchon a beau haranguer les foules à la Bastille en chevrotant “il ne sera plus jamais permis de faire Hadopi”, le candidat du Front de Gauche s’emportait facilement dès qu’il s’agissait d’entrer dans le détail.
Zone à risques
Car en plus d’être peu porteur, Internet est aussi labellisée zone à risques. Si peu d’électeurs semblent conditionner leur vote au positionnement numérique des candidats, ceux qui prêtent attention à la thématique sont exigeants. En maîtrisent la complexité : les méandres des conditions de diffusion d’une œuvre sur Internet, l’historique des dispositions législatives visant le réseau, l’avancement de la couverture haut et très haut débits en France.
Une exigence qui fait peur : la moindre déclaration est passée à la moulinette et la moindre erreur repérée, analysée, contextualisée. Une difficulté supplémentaire pour des présidentiables déjà peu acculturés au sujet, qui peut rapidement se retourner contre eux, et “faire le buzz” d’un jour ou d’une semaine sur les réseaux.
En cette fin de campagne, aucun des candidats n’incarne pleinement les aspirations d’une “communauté Internet” balbutiante en France. Leurs équipes, pourtant, ont pour la plupart fourni un travail conséquent. A droite comme à gauche : la compétence ou l’enthousiasme des exécutants n’est pas déterminée par l’appartenance politique.
OWNI a visualisé les prises de positions numériques de celles et ceux qui se présentent à votre suffrage ce dimanche. Sans prétention à l’exhaustivité, mais en mettant en avant les thématiques qui ont suscité quelques clivages. En balayant large, mais sans s’aventurer sur l’éducation ou la santé, sur lesquelles les propositions sont trop disparates et complexe pour être résumer à un simple “pour/contre”.
L’occasion de jeter un dernier coup d’œil éclairé aux propositions des candidats, dont vous trouverez le détail en survolant l’image (cliquez dessus pour la visualiser en grand format) :
Illustrations CC Loguy
Présidentielle 2012 - Convoqués par le Collectif du Numérique, les deux candidats se sont exprimés, au travers de leur conseiller, sur leur programme numérique. Une intervention décevante.
Ce jeudi 26 à la Gaîté Lyrique, les associations, syndicats et pôles de compétitivité membres du Collectif du Numérique étaient venus en nombre écouter les propositions des candidats UMP et PS concernant l’avenir du numérique, son économie et ses usages.
Étaient présents : Fleur Pellerin, responsable du pôle « Société et économie numériques » dans l’équipe de campagne de François Hollande et Nicolas Princen responsable de la campagne de Nicolas Sarkozy sur Internet, et du volet numérique et innovation du programme.
Malheureusement si le Collectif, ainsi que les journalistes présents sur place, attendaient un débat, un échange d’idées peut-être, l’événement a pris une toute autre forme. Les déclarations trop consensuelles, peu innovantes, sans confrontation, des représentants des candidats n’ont que moyennement convaincu l’assemblée.
A gauche Nicolas Princen (UMP), à droite Fleur Pellerin (PS)
En effet, malgré la maîtrise évidente des deux conseillers sur l’économie et l’industrie numérique, on déplore un manque d’implication publique des candidats sur le sujet. Ainsi, Guy Mamou-Mani, Président du Syntec Numérique, implore Mme Pellerin et M. Princen de pousser leur candidat respectif à aborder le sujet lors du grand débat télévisé de l’entre-deux-tours, mercredi 2 mai. L’espoir fait vivre…
« Un levier d’amélioration du bien-être »
Première mesure annoncée par le PS : une couverture totale du territoire français en haut-débit. L’objectif annoncé est de maximiser l’accès au triple-play en France d’ici l’horizon 2017. « Dans 10 ans, personne ne sera forcé d’utiliser un débit inférieur à 1méga » affirme Fleur Pellerin. Rien de bien neuf. On remarque d’ailleurs qu’aucune annonce n’est faite concernant un accès à la fibre.
Le gouvernement de François Hollande s’engagerait à la création d’un habeas corpus du numérique qui viserait à faire du secteur « un levier d’amélioration du bien-être. » Le rôle de la CNIL devrait être renforcée dans le but de sécuriser les droits et libertés des internautes. De même, le Parti Socialiste s’engage à l’obtention du droit à l’effacement des données pour les internautes.
Sur la question sensible de l’Hadopi, la gauche s’esquive, en précisant que d’autres alternatives sont prévues, sans dévoiler lesquelles. On évoque rapidement des taxes destinées au financement de la création artistique.
Pour dynamiser l’industrie numérique française, Fleur Pellerin précise « qu’il ne faut plus saupoudrer les aides sans priorités stratégiques, mais définir quelques filières d’excellences. » Le jeu vidéo fait partie de ces secteurs privilégiés : « la French Touch française en matière de jeu vidéo doit être encouragée » souligne la jeune femme.
« N. Sarkozy a beaucoup fait pour le numérique »
A l’UMP, on s’appuie largement sur le bilan du président sortant, jugé très impliqué dans le secteur depuis 2007. « Nicolas Sarkozy est d’ailleurs très heureux d’avoir de nombreux fans sur Facebook. » D’accord…
Ainsi M. Princen se félicite du « succès du statut d’auto-entrepreneur » qui aurait permis à 1 million de Français de se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat. On salue également le JEI (Jeune Entreprise Innovante) qui accompagne les PME.
A propos des PME toujours, l’UMP souhaite faire en sorte que le Crédit Impôt Recherche (qui propose un crédit d’impôt de 30 ou 40% des dépenses déclarées dans le cadre d’un projet R&D) leur soit directement avancé par Oséo si leur trésorerie ne leur permettait pas de subvenir à leur projet.
Par ailleurs, à la manière du C100 canadien, l’UMP souhaite créer un guichet unique d’accès aux aides pour les industries numériques, appelé « Start-Up France ». Il permettrait également de rassembler les acteurs de ces industries lorsque ces derniers migrent dans la Silicon Valley autour d’un portail d’information et d’un réseau pour « collectivement mettre en valeur nos talents. »
A contrario de sa politique traditionnelle, l’UMP souhaiterait également taxer davantage les gros acteurs du numérique pour garantir « plus d’équité entre les petites acteurs et les grands. » Nicolas Princen rappelle que la France se place en 2e position dans le classement des fournisseurs d’applications Facebook. « Pourquoi ne pas viser la première place ? » lance le conseiller de Nicolas Sarkozy. La compétitivité est le maître-mot du discours du représentant de la droite.
Des convergences et un manque de débat
Au final on regrettera vraiment l’absence de confrontation des deux programmes. Tant et si bien qu’on s’aperçoit que plusieurs sujets rapprochent les deux mouvances politiques.
Pour l’éducation, par exemple, on relève peu de divergences : côté UMP on souhaite créer un « bac numérique » au lycée alors que le candidat socialiste souhaite « repenser la formation au numérique et par le numérique depuis la primaire jusqu’aux universités et aux grandes écoles. »
Nicolas Princen place aussi l’accent sur la loi LRU (Liberté et Responsabilité des Universités) qui permettrait, selon lui, grâce à la privatisation des universités, la création d’incubateurs dans chaque campus français. « Le développement et la création de start-up s’en verrait relancé », déclare M. Princen. Des promesses qui sonnent creux à la sortie d’un mandat peu impliqué sur ces questions.
Les deux partis politiques s’accordent aussi sur la nécessité de rédiger un « Small Business Act », à l’américaine, qui réserverait des secteurs du marché public aux PME/PMI de façon à les dynamiser.
Enfin quand vient la question de l’incarnation de ces ambitions au sein d’un gouvernement, UMP et PS s’accordent pour dire qu’un Ministère de l’Économie Numérique n’est pas envisagé. L’écosystème rassemble trop de domaines (culturel, industriel, social, …) pour qu’il puisse y avoir un comité automne et indépendant au sein de l’État. On parle alors de conseillers numériques présents dans les différents ministères, ou d’un « e-Premier Ministre » d’après Fleur Pellerin.
Reste à savoir maintenant, si ces ambitions et promesses seront évoquées lors du débat télévisé mercredi prochain, ou si le numérique restera un sujet absent de la bouche des candidats jusqu’à la fin de cette campagne.
Une récente étude montre que les informations relatives à la campagne présentes sur le web ne concernent qu’à 5% les préoccupations d’ordre numérique. « Cette étude révèle en outre que, globalement, les candidats n’apportent pas de solutions nouvelles, d’idées créatrices et innovantes dans le domaine du numérique. » rapporte le communiqué. Pas sûr que la situation change d’ici le 6 mai…
Deux représentants des partis politiques UMP et PS ont débattu des programmes numériques de leurs candidats respectifs à l'élection présidentielle. Devant le collectif du numérique et rassemblant les professionnels [...]
François Hollande et Nicolas Sarkozy s’affronteront-ils sur le thème du numérique lors du grand débat le 2 mai prochain ? C’est le rêve secret des principales associations du secteur qui se sont réunies ce jeudi 26 avril, à l’initiative du Collectif Numérique, pour écouter les propositions de Fleur Pellerin, pour le PS, et de Nicolas Princen, pour l’UMP, tous deux chargés des dossiers du numérique pour la campagne des deux candidats.
Les deux responsables portent sur leurs épaules les attentes fortes de tout un secteur. "Pendant la campagne, nous avons sollicité l’ensemble des candidats sur le sujet, seuls cinq d’entre eux ont répondu", indique le Collectif du Numerique. De fait, beaucoup regrette ce jour-là que les deux finalistes s’en soient tenus à "une déclaration d’intention plutôt qu’une véritable volonté", s’est-on insurgé.
Le renforcement des dispositifs du gouvernement Sarkozy
Du coup, Fleur Pellerin et Nicolas Princen ont à cœur de montrer que leur candidat incarne le mieux l’image d’une France compétitive qui a embrassé la révolution numérique. "Nicolas Sarkozy s’est personnellement investi", affirme l'ancien conseiller numérique à l'Elysée. Selon lui, le bilan de cinq dernières années est là pour le prouver : maintien du statut des JEI (Jeune entreprises innovantes, renforcement du statut d’auto-entrepreneur, ou encore la poursuite de la politique de l'"open data" jugée "exemplaire". Enfin, le projet contesté du plateau de Saclay, l’incubateur géant à la française dans lequel l’Etat a investi "près de 2 milliards d’euros" et qui doit d’ici quelques années regroupés des milliers d’étudiants et de chercheurs.
Si il est reconduit, Sarkozy compte s’appuyer sur la TVA anti-délocalisation et sur ses "13 milliards d’euros d’allégements de charges" pour renforcer la compétitivité des entreprises. Le CIR (Crédit impôt recherche) sera maintenu et pour le PME qui n’auraient pas la trésorerie suffisante pour le solliciter, "Oseo avanceraient les fonds", annonce Nicolas Princen. L’UMP souhaite aussi mettre en place un nouvel impôt minimal pour les gros acteurs du numérique pour mettre "plus d’équité entre les petites acteurs et les grands", indique Nicolas Princen.
Dans les cinq prochaines années, le Président sortant annonce le lancement de la plateforme "Start-Up France", un guichet unique pour toutes les entreprises du numérique, mais aussi "un portail d’information et un réseau" pour "collectivement mettre en valeur nos talents" et rétablir le lien avec les français partis s'installés dans la Silicon Valley.
Sur le volet éducation, Nicolas Princen défend l'idée d'un "vrai Bac numérique" avec une section spéciale dès le lycée. Et il promet la création d'un "incubateur de start-up dans chacune des universités en France".
La gauche veut "une vision"
Pour riposter, le PS a choisi comme fil rouge "l’absence de vision" du camp adverse et propose donc, pour y remédier, de créer "une filière d’excellence". "Au lieu de saupoudrer les aides sans priorité stratégiques, il est très important de définir deux ou trois secteurs" souligne Fleur Pellerin.
Parmi les chantiers prioritaires, la gauche veut s’atteler, une fois au pouvoir, au déploiement du haut débit sur tout le territoire français. "Il reste des zone non couvertes, ce que nous jugeons inacceptable. D’ici dix ans, tout le monde sera reliés à une offre triple-play (environ 10 méga de débit)", prévoit celle qui pilote le projet numérique du candidat socialiste. "Au terme du mandat de François Hollande, plus personne ne sera en dessous de 1 méga", souligne-t-elle.
Autre nerf de la guerre pour l'opposition, la loi Hadopi qui sera élargie à "d’autres problématiques que le simple piratage" et sera accompagnée "d’une réflexion sur l’exception culturelle française", annonce Fleur Pellerin. François Hollande prévoit également un "Habeas Corpus" du numérique, visant à donner aux internautes un certain nombre de garanties sur leurs libertés, notamment via le renforcement sur le rôle de la CNIL.
Moins de clivages qu’il n’y paraît
Côté PME, Hollande compte soutenir l'innovation via la banque publique d’investissement qu'il appelle de ses voeux. Un audit du grand emprunt sur la manière dont les crédits ont été alloués doit aussi être effectué dans les mois suivants l'élection. Le plan du PS prévoit aussi la création d’un livret d’epargne industrie, réservé exclusivement au financement des entreprises innovantes. Enfin, toujours côté financement, le PS veut plus d’interventions en fonds propres de l’Etat pour répondre à la faiblesse du capital-risque en France.
Sur le fond, les clivages politiques entre la droite et la gauche en matière de numérique sont moins importants qu’il n’y paraît. Au PS, on reconnait aussi la nécessité de lancer un grand chantier sur l’éducation pour enseigner le numérique dès le lycée, et ce, jusqu’à l'université qui devront être en prise directe avec les entreprises innovantes. Autre point de rencontre, la question de la stabilité fiscale pour les entrepreneurs ou encore la création d’un "Small Business Act" pour faire accéder les PME et ETI aux commandes des marchés publics.
Finalement l’inquiétude majeure repose moins sur les propositions que sur la capacité des deux candidats à intégrer le numérique dans leur programme. Ces trois derniers mois, le thème aura en effet fait de brèves incursions dans les discours des présidentiables, sans jamais rebattre les cartes des politiques industrielles, de compétitive ou encore sur l'emploi. "Ca fait du bien d’entendre parler du numérique dans une campagne qui s’est focalisée sur des sujets intéressants et d’un autre âge, telle l’immigration", conclut Geneviève Petit, une entrepreneure du web.
Web 2.0, Facebook, Twitter, blogs, vidéos...
Comment les élus utilisent-ils Internet ?
Quels sont les impacts du Web sur la politique ?Elus 2.0 va chercher dans l'actualité en France et à l'international toutes les réponses à ces questions.
Par ailleurs, Elus 2.0 est une plateforme communautaire des élus. Sur une page personnalisée, chaque élu dispose ainsi d'un profil permettant aux citoyens de lire en temps réel tous les articles et messages qu'il publie sur Internet. De plus, ce profil permet aux citoyens de dialoguer avec l'élu.
En février dernier, le sénateur Philippe Marini et la Fédération Française des Telecoms avaient convié, avec le soutien du Conseil National du Numérique, l'ensemble des représentants de l'économie numérique pour leur présenter leurs propositions en faveur d'une fiscalité du numérique rénovée. En cause alors, la distorsion fiscale entre secteur numérique et secteur traditionnel, mais surtout entre opérateurs d'infrastructures et fournisseurs de contenus ou encore entre acteurs locaux de l'internet et grands acteurs transnationaux tels Google, Amazon, Apple ou Facebook.
Quand l'industrie réclame des taxes...pour les autres
Si bien que c'est une forme d'unanimité qui prévalait devant la nécessité de corriger ce déséquilibre fiscal, voire de créer de nouvelles taxes. L'exercice était il est vrai pour le moins cocasse et inédit : une industrie, dénonçant sa "surfiscalisation", et proposant, dans le même temps, de nouveaux mécanismes élaborés par des fiscalistes, pour taxer l'industrie numérique.
Cocasse en effet, mais pas sans motifs sérieux: la formidable création de richesses suscitée par le développement d'Internet a bousculé les chaînes de valeur existantes et remis en cause les positions acquises. Et dans ce grand chambardement, les opérateurs telecoms ont l'impression d'être "les oubliés de la croissance". Leurs revenus d'infrastructures se tassent, les nécessités d'investir dans le très haut débit se font pressantes et ces derniers versent chaque année des contributions significatives au financement de la création. Dans une tribune du journal Le Monde, les dirigeants des opérateurs Orange, Bouygues Telecom et Free s'étaient donc quelques semaines auparavant prononcés à l'unisson pour une nouvelle fiscalité numérique. C'était dit ! Et les acteurs visés, sans êtes nommés, étaient bien identifiables... Les opérateurs pointent du doigt les grands acteurs de l'Internet, dits « Over the top », qui ne participent pas à ce financement et assument une fiscalité très allégée en Europe. Bien plus, ils remettent véritablement en cause le "business model" historique d'Internet et la place qui y est réservée aux opérateurs d'infrastructures.
Le "business model" de l'internet remis en cause ?
Le "business model" de l'Internet est grossièrement celui d'un marché biface, composé d'une part d'une face contenus et services, et d'autre part, d'une face utilisateurs/internautes. Ces deux faces sont a priori économiquement découplées, les internautes rémunérant en fait les opérateurs d'infrastructures pour pouvoir accéder aux contenus.
C'est ce modèle qui a assuré jusqu'à présent le formidable développement du réseau, son foisonnement de contenus et de services innovants. C'est également ce modèle qui a encouragé l'équipement massif des internautes en box et services triple play. Aujourd'hui les opérateurs d'infrastructures constatent un tassement de leurs revenus de bande passante dans les pays industrialisés et dans le même temps un essor continu de la création de valeur sur le réseau qu'ils administrent par les fournisseurs de contenus et services. Les opérateurs souhaitent alors remédier à cette situation selon deux axes stratégiques. Le premier consiste à développer leurs propres offres de services (musique, vidéo...) sur le réseau, quitte à les intégrer de façon préférentielle au sein de leur offre généraliste. Le second axe consiste à remettre en question le business model historique d'Internet en proposant d'instaurer un internet « à péage », visant à monétiser aussi la seconde face (les fournisseurs de contenus) en leur demandant de payer pour accéder au réseau (outre les frais d'hébergement dont ils s'acquittent déjà). Ce deuxième axe s'est cristallisé autour des débats sur la neutralité du net car l'instauration d'un Internet à péage aurait créé de facto des phénomènes d'exclusivité et de discrimination sur le réseau en contradiction totale avec le modèle natif qui en avait assuré son développement.
Les opérateurs n'ayant pu à ce jour modifier cette relation dans ce qu'elle a de plus visible (le marché de l'interconnexion échappe lui parfaitement à la vue du régulateur) en instaurant une terminaison d'appel data, ils semblent alors avoir décidé de transposer le sujet du déséquilibre de revenus qu'ils dénoncent sur le terrain de la fiscalité
De la difficulté de taxer ce qui est numérique
A priori, l'économie numérique a vocation à être taxée comme les autres. Mais elle renferme trois caractéristiques qui pourraient y contrevenir et rendent dans tous les cas son appréhension complexe. Elle est immatérielle, transnationale et difficile à valoriser. Son caractère immatériel lui confère la possibilité d'être commercialisée de façon abstraite depuis n'importe quel territoire avec une qualité de service constante. Il lui vaut aussi le fait d'être assimilée à une prestation de service immatérielle et donc de se voir appliquer une TVA en conséquence et non celle qui est appliquée aux biens culturels matériels comme dans le cas du livre par exemple (avant la réforme du 1er janvier 2012). Son caractère transnational en découle et conduit les prestataires de services électroniques à localiser leurs plates-formes en fonction des contraintes fiscales et réglementaires appliquées. La création de valeur étant multiforme et transnationale sur Internet, il est enfin difficile de la mesurer et donc de la taxer.
On se trompe de cible : le dumping fiscal européen en cause
Actuellement, le taux de TVA applicable en Europe aux services électroniques (musique, video, logiciels...) est celui du pays de localisation du prestataire. Si bien que de nombreux prestataires de services électroniques se sont installés à l'instar d'Apple au Luxembourg qui pratique l'un des taux le plus bas d'Europe avec 15% et n'applique qu'un taux de 3% sur la partie droit d'auteur (75% de la valeur). Fort également d'un taux d'imposition sur les sociétés attractif, le Grand-Duché est ainsi devenu une terre d'élection pour les grands acteurs du web. 200 millions d'euros : ce serait le montant du manque à gagner en TVA pour les autres économies européennes. Une situation qui devrait connaître un terme car à partir de 2015, la TVA sera progressivement appliquée et collectée dans le pays preneur du service.
Concernant l'impôt sur les sociétés, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les niveaux d'imposition des géants du web, avoisinant pour certains les 3% seulement de leurs bénéfices ...Ces cris d'orfraie laissent perplexes quand on sait que ces niveaux sont le résultat des mécanismes d'optimisation fiscale légaux, mis en place par les gouvernements eux-mêmes, et qui bénéficient également aux acteurs du CAC 40 qui ne se privent pas d'en user. En outre, les pays qui font les « frais » de cette collecte d'impôts réduite, sont en réalité les Etats-Unis, pays d'origine des acteurs visés, contraint de voter des exonérations massives pour obtenir les rapatriements des capitaux de leurs acteurs. Enfin, si ces acteurs ne paient quasiment pas d'impôts sur les sociétés en France en dépit des bénéfices qu'ils y engrangent, c'est l'application mécanique des conventions fiscales qui ne permettent pas à l'Etat de consommation du service de taxer. Là encore, c'est le défaut d'harmonisation fiscale européenne qui est en cause et fait que certains de nos voisins pratiquent un dumping préjudiciable aux finances publiques françaises.
L'inventivité française à l'œuvre... en matière fiscale
Toujours est-il que la France s'est faite championne d'une fiscalité sectorielle vouée à préserver, à stimuler ou à corriger les évolutions économiques souhaitées. Ce fut bien entendu le cas pour préserver son exception culturelle. Selon l'étude comparative des systèmes fiscaux dans le domaine de la culture réalisée par le cabinet Ernst & Young, la France arrive en tête, de très loin, avec 14 taxes de nature culturelle et 48 mesures fiscales incitatives...
Il n'y avait donc pas de raison que la distorsion que vit notre économie numérique y échappe. D'aucuns échafaudent alors des dispositifs censés remédier à cette situation tel « l'octroi numérique » évoqué lors du même colloque mais qui se heurterait inévitablement aux règles de l'OMC comme s'y heurte déjà son mécanisme inspirateur, l'octroi de mer qui taxe dans les départements d'outre-mer la production non locale. Le Conseil National du Numérique s'est également penché sur la question, proposant la création d'un établissement stable virtuel. Une proposition qui laisse perplexe Maître Franck le Mentec " Pourquoi ne pas dénoncer unilatéralement les conventions fiscales si elles nous déplaisent ? Ça s'est déjà vu entre le Danemark et la France en 2008. " Même objectif avoué pour la taxe improprement dénommée « taxe Google », défendue en 2010 par le sénateur Philippe Marini, qui visait d'une part à remédier à la distorsion avec le secteur des médias traditionnels dont les activités publicitaires sont spécifiquement taxées et d'autre part à imposer les revenus des grands acteurs du web retirés des activités de publicité en ligne. Écartée par les députés, cette taxe pourrait revoir le jour à l'instigation du sénateur Marini qui souhaite désormais taxer les régies, invitées dès lors à se doter d'un représentant fiscal et à y déclarer leurs revenus locaux, sur le modèle très encadré des services de paris en ligne.
Derrière la fiscalité du numérique, l'enjeu de notre projet européen
En France, la fiscalité a historiquement joué un rôle de premier plan : redistributive, compensatrice ou régulatoire, elle a longtemps constitué un instrument majeur entre les mains de l'action publique pour assurer l'efficacité de notre modèle républicain. Aujourd'hui mis à mal par les conséquences de la mondialisation, ce modèle ne peut plus se penser de façon autonome. L'économie numérique ne peut pas échapper à cette exigence, pointant même, à l'instar de la Finance, nos incohérences et inconsistances de façon éclatante. L'élaboration de taxes sectorielles, plus ou moins alambiquées, n'étant ici qu'un autre symptôme du même mal : notre difficulté à assurer la pérennité de notre modèle dans un contexte mondialisé. En voulant soutenir à tout prix les économies de rentes de nos acteurs historiques, nous empêchons la nouvelle génération innovante d'éclore. En conservant une politique centrée sur les grands groupes, nous n'offrons pas de perspectives aux PME qui souhaitent atteindre la taille critique leur permettant de partir à la conquête des marchés mondiaux. En stigmatisant les acteurs mondiaux qui profitent de l'inconsistance de notre projet européen, nous manquons une nouvelle occasion de le reformer et d'en faire, non pas le garant, mais le héraut de notre exception culturelle.
Article paru en version intégrale dans le n°675 de la Jaune et la Rouge, revue de l'Association des anciens élèves et diplômés de L'Ecole Polytechnique.
Nicolas Sarkozy, en plein discours d'inauguration du Conseil national du Numérique, le 27 avril 2011 à Paris (CAMUS/AFP)
On pourrait polémiquer sans fin sur le fait de savoir si le Conseil National du Numérique (Cnnum) était ou pas une invention sarkozyste, dont le seul but aurait été de permettre au président de se concilier les voix du monde d'internet. Pour ma part, j’avoue qu’après avoir, des années durant, critiqué l’action de l’Etat à l’égard du secteur de l’innovation, je ne pouvais que me féliciter de sa création.
Souvenons-nous seulement : avant que le CNN ne soit institué il y a un an, le débat à l’égard du numérique se restreignait à Hadopi et à quelques sujets, comme la neutralité du net ou les enjeux de liberté d’expression.
Je ne nie pas qu’il s’agisse de thèmes sérieux, mais dans un pays où il y a 10% de chômeurs, où 20% des élèves sortent de l’école primaire sans avoir les formations élémentaires en calcul et en orthographe, où 7 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, ces enjeux liés à la transmission du savoir, ou à la création d’emplois – pour ne parler que de ceux-ci – me semblent autrement plus importants. Et pourtant, force était de constater que l’on n’en parlait presque jamais.
L'Opendata, l'e-éducation et la compétitivité : des objectifs essentiels
Je crois que c’est cela, et rien d’autre, qui m’a d’ailleurs motivé à me présenter à la présidence du Conseil. Je n’étais pas le plus connu – Marc Simoncini et Xavier Niel, pour ne citer qu’eux, en sont des membres actifs – je n’avais non plus d’expérience de l’action publique, à la différence d’autres conseillers, mais en revanche, j’avais passé du temps auprès de l’Institut Montaigne, à travailler sur les enjeux de la compétitivité. Je n’allais donc pas laisser passer cette occasion de faire valoir l’opportunité historique, de mon point de vue, dont notre pays pouvait bénéficier avec le numérique.
Le jour même de mon élection, le 27 avril 2011, je fis mon premier couac remarqué : dans une interview diffusée sur le site de l’Elysée, j’évoque la nécessité de créer "un internet sain" : tollé immédiat des associations de toutes obédiences qui, déjà remontées par la création de ce qu’elles appellent le "Medef du Net", n’en demandaient pas tant. Le déchaînement ne se calmera que lorsque je préciserais n’avoir aucune affiliation avec l’Opus Dei et que mon propos visait à l’émergence d’un contexte économiquement "sain", permettant de développer le monde du numérique. L’incident en soit délimitait notre terrain de bataille : d’un côté un Etat qui ne comprenait pas grand chose au numérique, et de l’autre un milieu associatif très radicalisé et dans une attitude de défiance marquée vis-à-vis du CNN.
Nous avons, avec le Conseil, rapidement arrêté une ligne d’action assez simple. D’une part répondre aux saisines des ministères de la façon la plus indépendante que possible. On exprimerait ce que nous pensions, en toute indépendance, avec ce que cela impliquerait : légitimer un texte ou au contraire être en désaccord avec la position du gouvernement.
D’autre part, nous saisir d’enjeux qui nous semblaient absolument prioritaires et où nous n’étions pas forcément attendus. J’en ai proposé trois : l’opendata (ndlr : la mise à disposition et la réutilisation d'informations publiques brutes pour tous) , pour favoriser le thème de la modernisation et de la transparence de l’Etat, l’e-éducation, pour mettre en valeur les pratiques éducatives d’autres pays aux réussites éclatantes dans ce domaine et enfin et surtout, la compétitivité au sens large, car le potentiel de création de richesse et d’emplois à ce titre était totalement sous-estimé. L’idée était de porter ces messages auprès du gouvernement, des élus et également des acteurs économiques.
Richard Martin, prof à l'Ecole des Mines de Nantes a mis en place un dispositif de cours à distance, disponibles sur iPod - 30/01/2008 (EVRARD/SIPA)
Dans le même temps, nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il ne fallait pas aborder immédiatement le sujet Hadopi : l’opinion du Conseil à ce titre n’était pas suffisamment formalisée et s’en saisir aussi rapidement aurait conduit de facto à ne parler plus que de cela, tant le sujet fait l’objet d’une polémique exacerbée et qui, de mon point de vue, a versé parfois dans l’idéologie irrationnelle.
S'inspirer du Royaume-Uni
Dès le mois de septembre, le Conseil a démontré son indépendance en publiant un avis négatif suite à la demande du gouvernement de nous prononcer sur le texte de la Loi de Confiance dans l’Economie Numérique (LCEN). Le texte fut abandonné et dès ce jour, le champ devint beaucoup plus libre. Nous allions pouvoir travailler sereinement !
Même si l’un de nos "moto" était que "le numérique est une force qui fait beaucoup avec peu" (le conseil ne comprend que trois permanents), le chantier n’en restait pas moins immense. Sur le plan des élus par exemple, il a fallu vite déchanter : les parlementaires au fait des enjeux numériques ne sont encore qu’une poignée, et la phrase que m’assénât candidement un sénateur lors de l’un de nos tous premiers rendez-vous ("Le numérique, je le laisse à mes petits enfants.") en dit long sur la compréhension des enjeux qui nous occupent. Si j’étais cruel, j’ajouterais à cela qu’au Royaume-Uni, le Parlement dispose de plusieurs groupes de travail sur les enjeux numériques : compétitivité, respect de la vie privé, réforme de l’état, etc.
C’est dans ce contexte, que nos messages ont porté. Qui savait que Singapour est parvenu à réduire ses coûts de santé publique en augmentant la qualité des soins, grâce au numérique? Qui avait à l’esprit le fait que des dizaines de millions d’Américains se sont réconciliés avec les mathématiques et l’orthographe avec la Kahn Academy, et ceci sans débourser un sou du contribuable ? Qui avait idée que l’opendata est un moyen de lutter contre le penchant poujadiste de nombres d’entre nous tout en offrant l’opportunité d’une modernisation inusitée de l’Etat ? Qui savait que les pays performants en matière de numérique le sont surtout grâce à la qualité de leurs universités ?
Une vidéo disponible sur le site de la Kahn Academy, expliquant le principe de l'équation.
Un an s’est à présent écoulé, et pas une semaine ne passe sans que le numérique ne soit mis à l’honneur par les candidats ou dans les médias. J’ai la prétention de croire que le travail du Conseil n’y est pas pour rien.
Repenser l'économie, rompre avec le passé
Il reste encore un travail d’évangélisation considérable et c’est pourquoi il serait dommage que le Conseil ne soit pas pérennisé. Pour ma part, je déplorerais sa disparition. Nous, les acteurs du numérique, n’avions cessé des années durant, de critiquer les décisions de l’Etat à l’égard de ce secteur. La suppression du CNN provoquerait la fin de cette sensibilisation des élus au numérique et verrait probablement la résurgence de voix peu utiles, car trop radicales, aux messages contradictoires et qui ne représentent souvent qu’elles-mêmes.
Le CNN est une voix forte, qui cherche à montrer que le numérique porte, de façon consubstantielle, le principe d’une voie alternative, par l’innovation. C’est la vocation même du CNN, et cela le restera tant que l’Etat sera soucieux que la composition du Conseil n’en fasse pas un lobby politique qui chercherait à défendre ses intérêts. Certes, la critique la plus souvent entendue est qu’il devrait incorporer en son sein autre chose que des acteurs économiques : sans doute, mais en tenant compte du fait que ce qui fonde sa légitimité, c’est avant tout son regard économique.
Ayants-droits, représentants des consommateurs, ou représentants associatifs se féliciteraient d’y trouver une place. Mais il me semble qu’il est souhaitable qu’il reste en majorité composé d’entrepreneurs, au sein desquels nombre d’entre nous ont une vision très originale de l’économie. Il faut insister sur ce point : nombre d’entre nous ont construit des entreprises où il fait bon travailler, où l’on peut apprendre, où les CDI sont plus nombreux qu’ailleurs, où les minorités sont facilement intégrées, où l’esprit du taylorisme, avec des tâches infiniment répétées disparaît par l’automatisation de celles-ci. Nous aidons l’économie à se repenser car nous avons fait différemment et c’est cette vision qu’il faut préserver au sein du Conseil.
Le numérique doit être une priorité nationale
Mais plus important encore semble être, dans ce contexte d’élection présidentielle, le sujet de l’articulation de l’Etat à l’égard du numérique. Quelle devrait être la mission d’un futur secrétariat d’état au Numérique ? Il faut avoir à l’esprit que le champs de celui-ci est par essence limité à des compétences relativement techniques ; il ne couvre ni la réforme de l’Etat (et donc l’opendata), ni l’enseignement supérieur ; il n’a pas son mot à dire aux enjeux d’e-éducation ou encore d’e-santé. Or, ces enjeux sont si considérables qu’ils nécessitent d’être portés au niveau politique, et par des hommes politiques.
Ce n’est donc pas seulement en ayant quelques conseillers "branchés" dans chaque cabinet ministériel que nous nous en sortirons. C’est en ayant un Premier ministre qui mettra le digital au coeur de son action et qui structurera une vision d’ensemble que nous y parviendrons, car tout se tient.
Le dossier médical personnalisé, le plan fibre, l’ouverture des données, les partenariats recherche/entreprises, l’e-éducation, la modernisation de l’Etat sont tous liés l’un à l’autre. C’est en ayant des ministres qui structureront chacun de ces chantiers et qui érigeront donc le numérique en priorité que nous ferons mieux avec moins. Car dans un pays qui détient le record mondial de dépenses publiques sur le PIB (avec 56,2%), il ne sera pas possible de dépenser beaucoup plus.
Il y a urgence : le World Economic Forum vient de positionner la France à la 23e place des économies numérique. Il n’y a pourtant aucune fatalité si nous savons, comme le fait le le Royaume-Uni, ériger le numérique en priorité nationale. En effet, alors que leurs fondamentaux économiques sont pourtant beaucoup plus dégradés que les nôtres, nos amis anglais pourraient bien devenir la première économie numérique du monde dès 2016. 12% de la richesse nationale en serait alors issue. Nul besoin de souligner ce que cela signifie en terme d’emplois qualifiés et de qualité de service pour les sujets de sa majesté.
Nous pouvons, bien sûr, encore prendre ce train, mais il faut le prendre vite, car le monde numérique n’attend pas. Il est global. La France dispose d’atouts qui devraient normalement lui permettre d’être parmi les pays leaders dans ce domaine. Mais pour cela, il conviendrait que le prochain gouvernement érige le numérique en priorité nationale.
Un ministère chargé du numérique est indispensable
Dans quelques jours les français vont élire leur Président de la République, dans quelques semaines sera formé un nouveau gouvernement.
Quel que soit le résultat des urnes, l’AVICCA demande qu’un Ministère, doté de sa propre administration, soit dédié au numérique, dans ses grandes composantes :
aménagement du territoire pour passer au Très haut débit, en étroite collaboration avec les acteurs majeurs que sont les collectivités ;
usages, services et innovation ;
contenus.
Il est crucial pour notre pays de se saisir de toutes les potentialités offertes par les réseaux et services numériques. C’est un enjeu essentiel dans le monde d’aujourd’hui, pour l’éducation, l’emploi, les solidarités, la compétitivité, et ce pour chacun de nos territoires.
De très lourdes questions se posent, car une mutation est nécessaire. Le partage de la valeur entre réseaux, services et contenus est à l’échelle internationale. L’atteinte d’objectifs publics ambitieux nécessite des arbitrages forts, notamment des choix en matière de péréquation et de fiscalité, dans un contexte global difficile.
Les collectivités sont dans l’action, pour l’aménagement numérique de leurs territoires urbains et ruraux. Elles ont besoin aussi d’un pilotage national nettement renforcé, doté d’une vision et de moyens, que la régulation des acteurs ne peut seule assurer.
Yves Rome
Président de l’AVICCA
L’Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel regroupe 230 adhérents soit 50 Villes, 68 Communautés urbaines ou d’agglomérations, 20 syndicats de communes, 69 structures départementales et 23 régionales, soit 62.000.000 habitants.
Le 14 février, en arpentant la scène de l'auditorium du Medef, iPad à la main et fauteuil façon réalisateur de cinéma sur l'estrade, Laurence Parisot avait l'ambition d'inscrire les priorités du Medef au coeur de la campagne présidentielle. Après « Besoin d'air », le livre programme de 2007, elle présentait « Besoin d'aire » - avec un « e » -, un livre tout numérique, plein de « dataviz » pour « les geeks et les geekettes ». « En 2007, nous avons dit à quel point les entreprises avaient besoin de respirer. Pour cette campagne, nous disons pourquoi les entreprises ont besoin d'aire : elles ont besoin de nouveaux horizons, de nouvelles frontières, elles ont besoin de conquérir et d'espace pour se développer, pour innover, pour occuper le terrain de la compétition. » Sur le fond comme sur la forme, le Medef promettait une campagne qui décoiffe.
Deux mois plus tard et à la veille du premier tour, Laurence Parisot a exprimé « quelques regrets » : que l'Europe n'ait pas été plus présente dans les thèmes de campagne, que les candidats n'aient pas parlé du numérique, qu'ils n'aient pas, surtout, fait un « éloge franc et massif » de l'entrepreneur... Mais c'est aussi le Medef qui a raté sa campagne : ses idées ont été à peine audibles, il est apparu partisan, donnant l'occasion à la gauche de le boycotter et ainsi de figer l'échiquier idéologique, et il aura laissé un espace médiatique inespéré à la CGPME, sur laquelle Laurence Parisot ambitionnait de mener une OPA hostile...
La campagne avait pourtant bien commencé. En avançant dès mi-novembre ses propositions en faveur d'une TVA sociale, Laurence Parisot avait su répondre à l'urgence de Nicolas Sarkozy, désireux de lancer une dernière grande réforme avant la présidentielle. Avec les accords compétitivité-emploi vendus par la métallurgie au ministre du Travail, Xavier Bertrand, le patronat avait réussi - à sa propre surprise -à mettre sur la table deux sujets de poids : 13 milliards d'euros de nouveaux allégements de charges, votés à la hussarde en février par le Parlement, et le lancement d'une négociation entre partenaires sociaux vers une plus grande flexibilité du temps de travail et des salaires.
Mais, depuis, le patronat patine. Alors que le livre « Besoin d'air » avait été un succès de librairie en 2007, lui permettant d'être relayé sur les plateaux de télé et sur les radios, « Besoin d'aire » a fait un flop médiatique : à défaut d'un iPad sur lequel charger l'application du Medef, le lecteur zélé n'avait qu'un mauvais PDF de 260 pages à regarder. Résultat, les propositions du livre numérique, pourtant nombreuses et méritant débat, ont été peu lues - et peu reprises.
Le politique a finalement pris le pas sur les idées. Piquée au vif par un Nicolas Sarkozy moquant son silence dans la campagne, la présidente du Medef a fini par vanter sans trop de nuances le bilan « extraordinaire » du président sortant. Peine perdue : ce dernier avait déjà fait le choix tactique de taper contre les partenaires sociaux et les corps intermédiaires - accusés de faire écran entre le peuple et les élus, et de cultiver l'immobilisme. François Hollande a remporté la mise politique - ce qui n'était probablement pas l'objectif de Laurence Parisot. « Le patronat doit être entendu, c'est une force économique, ça ne doit pas être une force politique », a jugé à distance le candidat socialiste. Et comme une bonne partie des adhérents du Medef ont jugé de même, Laurence Parisot a dû rectifier le tir, répétant que le Medef était prêt à travailler avec le prochain gouvernement « quel qu'il soit »...
Que ce soit pour Nicolas Sarkozy ou pour François Hollande, bénéficier du soutien du patronat s'apparente de toute façon à un boulet, soupirent quelques élus de l'organisation. C'est d'ailleurs un autre échec du Medef et du patronat tout entier : les patrons, à titre individuel ou collectif, rechignent toujours à s'exprimer, renvoyant à plus tard une hypothétique réconciliation des Français avec l'entreprise. Les rares prises de parole individuelles pendant la campagne auront été pour critiquer la proposition socialiste de taxer à 75 % les revenus au-delà de 1 million d'euros - via Maurice Lévy et Geoffroy Roux de Bézieux. Avant que le patron de Publicis et président de l'Afep (le lobby des grands groupes) ne voie dévoilé son bonus de 16 millions d'euros, figeant un peu plus les positions sur les rémunérations des grands patrons. Et si Laurence Parisot a fait « des meetings » en province pour promouvoir les idées du Medef - de Clermont-Ferrand à Grenoble en passant par Rennes ou Aix-en-Provence -, c'était auprès d'un public acquis : les chefs d'entreprise membres des Medef territoriaux. Les lignes n'auront donc guère bougé.
Sur le terrain médiatique, c'est finalement le concurrent patronal du Medef qui a tiré son épingle du jeu : la CGPME, qui avait raté l'étape des propositions en les lançant très tôt et en toute discrétion, a reçu successivement dans son modeste siège sous les tours de la Défense Eva Joly, François Hollande, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Alors que Laurence Parisot venait de réactiver la guerre patronale en proposant un « rapprochement » en réalité inamical avec la CGPME, cette dernière a capté l'image du « gentil » patronat, celui des petits contre les gros. De quoi en outre relâcher la pression que le Medef faisait peser sur sa représentativité, sa gouvernance et son financement.
Il n'est pas sûr néanmoins que cette campagne ratée pèsera sur l'après-présidentielle pour le Medef. « Besoin d'aire » sera la feuille de route du Medef pour le prochain quinquennat, comme « Besoin d'air » l'avait été en 2007. Les rencontres avec les candidats - ou avec celui qui sera élu -se feront. Mais avec la campagne interne qui va s'ouvrir au Medef pour la succession de Laurence Parisot (son mandat s'achève en juillet 2013), une occasion a été manquée.
Véronique Le Billon est sous-chef du service Economie générale des « Echos ».
Programme numérique Hollande/Sarkozy : Lisez avant de voter !
Le 20 Avril 2012 dans Politique par Michel MartinsDans 48 heures, nous connaitrons le nom des deux qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle. Les favoris, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont tous deux présenté leurs programmes, notamment sur les enjeux d’avenir du Numérique. Et surprise, leurs positions sont quasi identiques, y compris sur Hadopi, et le constat est partagé : il y a urgence à agir face aux géants américains.
Les jeux sont faits, rien ne va plus, ou presque. Dans 48 heures, et même un peu moins pour les curieux des médias sociaux, nous connaitrons le nom des deux candidats que les Français ont décidé de qualifier pour le second tour. Cette élection présidentielle, on peut le dire sans trop se tromper, n’a pas passionné car peu passionnante. Période de crise oblige, les dix candidats à l’élection suprême ont pour la plupart adoptés des postures raisonnablement austères.
Et du côté du Web, du Net, du Numérique pour tout dire, qu’en est-il ? Eh bien, le bilan de la Web Campagne est en demi teinte : la fréquentation des sites des candidats a été décevante, l’audace créative en ligne a été peu présente, le LOL et le Buzz ont parfois éclipsé le fond... Un point positif néanmoins. Cette période électorale a permis d’assoir Internet comme le second vecteur d’information préféré des Français derrière la Télévision, mais devant la radio et la presse papier ! Une reconnaissance du sérieux et de la maturité de la presse en ligne. Et pour l’avenir ? Les propositions de François Hollande et Nicolas Sarkozy sur les grandes questions touchant au "Numérique" sont-elles plus enthousiasmantes ? Nous allons voir...Un tableau sombre de l’ère Sarkozy
Dans sa lettre-programme, en réponse à l’interpellation du Collectif du numérique, François Hollande ne se mouille pas. Comme d’habitude diront certains. Peut-être. Mais pourquoi le ferait-il ? Favori des sondages, le candidat socialiste a tout intérêt à ménager les sensibilités, miser sur le retour de la concertation après l’élection, et surtout éviter les promesses à la pelle qui n’engagent que ceux qui les croient. Ainsi, dans ce document de 5 pages, bien qu’il précise que "le numérique est une question clef pour l’avenir", François Hollande ne prévoit pas de mesure économique spécifique pour le secteur, mais dresse un tableau sombre de l’ère Sarkozy : croissance en panne des PME, carence des capacités d’investissement, décrochage de la R&D industrielle, remise en cause du statut des Jeunes Entreprises Innovantes (JEI), manque d’ambitions dans l’Open data…
L’ex premier secrétaire du PS rappelle les propositions de son programme d’aides au PME, qui prévoit notamment une réforme fiscale, la création d’une banque publique d’investissement, la dégressivité de l’impôt sur les sociétés etc... L’idée d’un Small Business Act fait d’ailleurs son chemin du côté du candidat socialiste : "L’accès des PME et des entreprises innovantes aux marchés publics sera également assuré". Concernant le Grand Emprunt du gouvernement Fillon, qui prévoyait 4,5 milliards d’euros d’investissement dans le numérique, Fleur Pellerin, la conseillère numérique du candidat, précise : "Visiblement, une grande partie des fonds n’a pas été dépensée (...) La politique de l’Etat, qui s’est posé en « investisseur avisé » a été trop prudente. On est dans des secteurs où il faut prendre des risques". Sur la question de la taxation des grands acteurs du Net, la fameuse "taxe Google", François Hollande souhaite, comme Nicolas Sarkozy, rétablir l’équité fiscale par rapport aux géants américains qui échappent à l’impôt en passant par l’Irlande ou le Luxembourg : "Nous privilégierons la voie européenne (…) Mais nous travaillerons également à une solution nationale en complément". Une position identique à celle du président sortant qui souhaite "faire aboutir au niveau européen la réflexion sur la création d’un statut d’établissement stable virtuel" (une proposition du CNM) et créer une taxe nationale "sur la base du cycle commercial complet, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays d’Europe". Des voeux pieux pour les deux favoris...Les deux favoris sur la même ligne
François Hollande mise sur l’éducation, pour résoudre le problème de la "grave pénurie de développeurs et de jeunes formés aux nouveaux métiers du numérique" qui pénalise les entreprises, avec cette belle trouvaille "Le code informatique n’est pas moins noble que le code juridique". Nicolas Sarkozy fait exactement le même constat : "le numérique doit être au cœur de la réforme de la formation professionnelle". Les deux probables qualifiés pour le second tour sont également tous deux conscients du potentiel d’économies que peut apporter la "modernisation numérique de l’Etat", et de l’utilité de favoriser l’utilisation des "logiciels libre et des standards ouverts". Des économies qui permettraient de financer 60 000 nouveaux postes dans l’éducation, selon François Hollande. Sur l’Open data, le candidat socialiste rejoint Nicolas Sarkozy, qui a ouvert ce chantier en créant Etalab, un établissement public chargé d’encourager la mise à disposition des données de l’Etat, bien que cette question est très tôt été poussée en avant au sein du PS par Arnaud Montebourg. Enfin, concernant la vie privée, le candidat socialiste a prévu de créer un "habeas corpus numérique" (belle formule), qui garantirait les droits et les libertés numériques de chacun. Il souhaite aussi que "la création, la destruction et la [mise en place] des modalités des fichiers de police soient une compétence du parlement". Nicolas Sarkozy, quant à lui, profite du sujet pour faire des annonces d’ordre sécuritaire : "Je souhaite que nous réfléchissions aux façons d’utiliser les communications par SMS et réseaux sociaux, plébiscités par les jeunes générations, pour le signalement des violences et délits aux forces de police".
La protection des données personnelles abandonnée
A la différence de François Hollande, Nicolas Sarkozy profite de sa réponse au Collectif du numérique pour présenter un projet numérique, détaillé sur 37 pages, et non simplement cinq... mais à cinq jours du premier tour. En 2007, le candidat avait adopté la même stratégie exhaustive de promesses, avec pour objectif ambitieux "Fonder la République numérique". Mais un quinquennat plus tard, le bilan est médiocre. En 2008, le président de la République lançait les "Assises du Numérique" dans le but d’élaborer un plan global de développement de l’économie numérique. En découle le plan "France Numérique 2012" qui propose 154 actions cruciales à réaliser, détaillées sur 80 pages, le tout avec un site internet www.francenumerique2012.fr pour le suivi. Mais courant 2010, les 154 actions ont disparu et le nom de domaine du site n’a même pas été renouvelé par le gouvernement. Pourtant selon Eric Besson, ministre en charge de l’Economie numérique, 95% des 154 objectifs planifiés auraient été réalisés ou sont en cours de réalisation... Dans les 5% restant, on trouve par exemple la promotion de la protection des données personnelles au plan international, que Obama a lui placé au centre de sa campagne de réélection. Le plan "France Numérique 2020" ne présente plus que 57 points listés sur 4 pages...
Au revoir Hadopi, Bonjour Hadopi !!
Par contre, comme promis, Nicolas Sarkozy réussit à mettre en place le 27 avril 2011 le Conseil national du numérique (prévu par l’action n°145 du plan). Un organisme que François Hollande veut conserver mais réformer, comme le souligne Fleur Pellerin : "Il y a un problème de représentativité du Conseil, qui accueille uniquement des industriels, et où ne siègent ni les ayant droits ni les consommateurs (...) Si l’on maintenait cette institution, nous redéfinirions les critères de saisine et rendrions ses avis systématiquement publics". Mais c’est de Hadopi dont le président sortant est le plus fière. Une promesse faite aux créateurs et aux professionnels du secteur qui a été tenu, certes, mais après une révision à la baisse de ses objectifs. Durant cette campagne, le débat numérique s’est d’ailleurs essentiellement focalisé sur cette institution et son impact sur le téléchargement illégal en France. Encore une fois, bien qu’il n’ose le dire clairement, François Hollande est sur une position très proche de celle de Nicolas Sarkozy. Il propose de remplacer "la loi Hadopi par une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle française qui conciliera la défense des droits des créateurs et un accès aux oeuvres par internet facilité et sécurisé" et ajoute "la lutte contre la contrefaçon commerciale sera accrue en amont, pour faire respecter le droit d’auteur et développer les offres en ligne". Ainsi, il s’agirait de faire disparaitre Hadopi pour la faire renaitre sous une autre forme au sein d’un dispositif plus large. François Hollande envisagerait de supprimer la suspension de connexion de un mois, pour ne garder que l’amende de 1 500 euros, ce qui n’est pas très social. Le tout après une (nouvelle) concertation qui promet d’être du temps perdu tant les options sont connues. Fière de son bébé, Nicolas Sarkozy souhaite quant à lui étendre les moyens d’actions de la Haute autorité en trouvant un moyen de sanctionner le streaming et les sites de téléchargement directs, pour ensuite engager "une lutte tous azimuts contre les sites illégaux installés dans des paradis numériques"... Entre un challenger qui ne veut pas prendre de risques et un candidat sortant qui promet des lendemains qui chantent, malgré un bilan médiocre sur le numérique, les professionnels du secteur n’ont pas de quoi être rassurés. Le comblement du retard de la France et de l’Europe sur les géants américains du Web devra encore attendre.